Economie et défis du réchauffement climatique


Charles S. Pearson,

de Boeck, Bruxelles, nov. 2013


Un ouvrage de référence, que nous devons à un professeur de l’Université Johns Hopkins, Washington DC. Les instruments de la science économique peuvent-ils nous aider à piloter les politiques de lutte contre le réchauffement climatique ?

Il s’agit essentiellement de l’analyse coûts/bénéfices : est-il plus avantageux d’investir pour atténuer le réchauffement (puisqu’on ne peut plus l’éliminer) que de s’adapter à ses conséquences ? On se souvient du rapport de Nicholas Stern, en 2007, qui proposait une comparaison entre deux scénarii, le laisser faire et l’action préventive. Le laisser faire coutait au moins 5 fois plus cher, dans l’hypothèse la plus restrictive sur les conséquences du réchauffement. Un rapport controversé, du fait notamment du choix du taux d’actualisation retenu.
Charles S. Pearson passe en revue les théories développées par les économistes de tous bords, et nous offre un panorama particulièrement instructif. Il apparait surtout que l’analyse coûts/bénéfices est « fragile », et ne permet guère de trancher. Les incertitudes sur l’avenir sont nombreuses, et les meilleurs modèles ne peuvent pas s’en affranchir. En revanche, elle peut aider les dirigeants à mieux comprendre les conséquences de telle ou telle décision, et à répondre à des questions essentielles telles que : qui va payer ? C’est sur les mécanismes économiques que la science économique peut éclairer des décideurs, mais il reste tellement d’autres paramètres ! Le débat sur le taux d’actualisation, pour reprendre cet exemple, renvoie à des considérations éthiques auxquelles l’économie ne peut répondre, mais qu’elle peut éclairer.
L’auteur passe ainsi au crible de nombreuses questions : vaut-il mieux dépenser son argent pour favoriser la croissance, sachant que celle-ci permettra plus tard de disposer de plus de moyens pour lutter contre le réchauffement ou ses conséquences, ou au contraire investir tout de suite dans l’atténuation du phénomène ? Il présente aussi les différentes manières de se fixer des objectifs, le rôle de la technologie et la question de la tarification. Il décrit les effets des échanges internationaux sur les choix économiques qui peuvent être retenus.
Un chapitre mérite sans doute une mention particulière : celui consacré aux stratégies. Nous savons bien que l’efficacité des mesures prises dépend largement des réactions des acteurs. Les effets pervers peuvent détruire les meilleurs politiques, du type anticipation avant que les taxes ne deviennent trop fortes, avec accélération consécutive du réchauffement. Cette analyse des stratégies, qui touche aussi à la répartition des dépenses entre public et privé, et traitre de l’acceptabilité sociale des politiques, est particulièrement éclairante dans la perspective des négociations actuelles sur le « post Kyoto »
Il apparait en outre que la science économique s’est enrichie en abordant la question du changement climatique : « Du fait des caractéristiques uniques du changement climatique – le cadre temporel, l’incertitude, et les aspects globaux – certains outils ont été approfondis ou modifiés pour faire face aux nouveaux défis. Les exemples les plus évidents sont en matière d’actualisation, de prise de décision en incertitude profonde, de modélisation intégrée de modèles économiques et environnementaux, de politiques environnementales utilisant les incitations de marché, de prise de décision dans des contextes de second rang, et d’analyse économique des biens publics globaux. Par ailleurs, des jugements de valeur et donc des problèmes éthiques imprègnent l’analyse économique du réchauffement global dans une mesure inhabituelle, ce qui se reflète dans la littérature ».
Au total, l’analyse coûts/bénéfices tire son épingle du jeu, avec les réserves mentionnées ci-dessus, et un consensus semble s’être instauré entre les économistes : « Mettre un prix sur les émissions de gaz à effet de serre devrait être au centre de la politique climatique. Idéalement, ce prix serait égal entre pays, secteur d’activité et gaz ».
Un regret cependant, provoqué non pas par le livre de Charles S. Pearson mais par la matière qu’il a étudiée. Dans la comparaison des stratégies d’atténuation et d’adaptation, il est convenu, semble-t-il, que les investissements pour l’atténuation retardent le développement. Une hypothèse qui n’est peut-être pas une fatalité. Les sauts technologiques nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique peuvent avoir des effets collatéraux très favorables au développement. C’est sans doute ce que l’auteur suggère dans sa conclusion : « il serait productif de réorienter le débat climatique d’une perspective d’un jeu à somme nulle vers une opportunité à somme positive ».

 

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé