Du Grand Paris au Paris en grand

Roland Castro
Editions PC, 2019


« L’image mentale de Paris s’arrête au boulevard périphérique, Paris en grand n’existe pas encore ». L’image mentale est une des idées fortes de la réflexion de Roland Castro, avec la mise en scène de la ville, le culte du beau et le recours à l’intelligence : « L’intelligence, plutôt que l’interdit ».
Bien sûr, c’est « Paris en Grand » qui est l’objet du rapport demandé à Roland Castro par le Président de la République, mais chacun pourra discerner de nombreuses prises de position intéressant toutes les villes et même les campagnes. Critique de la charte d’Athènes et du cloisonnement (en finir avec le zonage), importance de l’agriculture urbaine, de la poésie dans la ville, du langage muet des bâtiments. Un livre, donc, qui intéressera bien au-delà des limites du Paris en grand. La recherche du « double dividende » est omniprésente : Pour ne prendre que deux exemples, « Le beau rapporte », et conforter le positionnement local et le rayonnement international : « Pour fabriquer cette nouvelle géographie mentale, il faut la partager avec ses habitants et ses visiteurs de passage ». Paris en grand est une « ville-monde jardin ».


Une attention particulière est donnée à l’appropriation. « Pour approprier une ville, il est indispensable de la donner à voir ». Dommage que le Grand Paris Express soit souterrain, une belle occasion ratée de voir. Il faut aussi mettre la ville en scène, avec des lieux symboliques, identifiables comme l’ont été les lycées de la 3e république. « La question de l’identité, de la singularité, de l’exceptionnalité des ces quartiers est fondamentale ». Il faut remodeler la ville plutôt que tout miser sur la démolition - reconstruction, où « les habitants voient une partie de leur vie s’en aller en fumée ». Roland Castro met en avant l’initiative citoyenne et dénonce la rigidité de règles dans les HLM qui « interdisent l’appropriation par les habitants ». Il affirme que « tous les kilomètres carrés proposent un lieu magique possible », et souhaite « multiplier la présence partout de grandes institutions publiques, de grands musées, d’équipements publics », de manière à rendre Paris en Grand le plus intense possible, sachant que « la densité n’est pas l’intensité ». L’Etat est donc invité à faire sa part, aux côtés des collectivités et des citoyens. Les collectivités doivent trouver de grands thèmes fédérateurs pour se regrouper sur des projets plutôt que sur des limites administratives : « Une trame non institutionnelle ». Pour les citoyens, c’est plus de « liberté, sous contrôle municipal ».
De l’historique du Grand Paris avec le plan Prost de 1934 à l’opportunité que représentent les JO de 2024, Roland Castro développe un récit passionnant, riche en propositions aussi variées que l’aménagement des grands axes (notamment l’autoroute A86) appelés à « redevenir les nouvelles grandes promenades comme les appelaient Alphand », la création de « cathédrales républicaines, des bâtiments symboliques, des lieux sacrés »  pour l’accueil des émigrés, ou une école mondiale de l’urbanité, sur le modèle du Collège de France, pour susciter notamment des vocations de « scénaristes urbains ». Un calendrier ponctué par les JO complète ces propositions, ainsi qu’un ensemble de contributions, largement produites par des architectes urbanistes, aussi quelques artistes, quelques administrateurs et un élu.
Un livre facile à lire et qui fera réagir les « grands parisiens » et les innombrables personnes concernées par l’aménagement urbain, de France et de Navarre.

 

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