Genèse. Dieu nous a-t-il placé au-dessus de la nature ?

J. Baird Callicot
©Wildproject, 2009, 2021


Un classique, publié aux Etats-Unis en 1991, en France en 2009, et réédité aujourd’hui. Une approche philosophique d’une question rituelle : Le judéo-christianisme est-il responsable de la crise écologique ? C’est la Bible, plus particulièrement la Genèse, qui est au cœur du sujet. Certaines interprétations laissent penser que « seuls de toutes les créatures, les êtres humains furent créés à l’image de Dieu, et qu’il leur fut donné d’exercer leur supériorité sur la nature et de l’assujettir ». Pour d’autres, « nous sommes les « intendants » de Dieu sur la création – nous sommes chargés d’en prendre soin – et non les nouveaux propriétaires ». Dans les deux cas, un rôle à part, une humanité à côté du reste de la création, plutôt qu’en son sein. L’affaire du fruit défendu, dont la consommation a ouvert les yeux à Adam et Eve, renforce cette posture. Pour J.B. Callicot, la connaissance du bien et du mal est surtout le pouvoir de décider ce qui est bien et ce qui est mal, tout comme Dieu, ce qui explique l’expulsion de nos premiers parents du jardin d’Eden. « Dès lors que les êtres humains devinrent conscients d’eux-mêmes et donc égocentriques, ils commencèrent à jauger la création en fonction d’eux-mêmes. Certains organismes vivants créés par Yahvé, plantes ou animaux, furent déclarés par l’homme « mauvais », nuisibles (…). En revanche, les plantes comestibles et les animaux domesticables sont déclarés « bons » et sont cultivés et encouragés ».
J.B. Callicot le dit avec humour : « Les Ecritures possèdent cette qualité merveilleuse que je qualifie d’ambiguïté créatrice ». Elles sont issues de plusieurs traditions, parfois contradictoires et accolées, laissant ainsi un large espace d’interprétation. Parmi ces sources, la plus récente date du Ve siècle avant JC, au cours d’une période de transition ou l’agriculture se substitue progressivement à la cueillette, et où l’influence des premiers philosophes grecs se fait sentir. L’éviction du jardin d’Eden « représente l’abandon par Homo Sapiens de la « place » écologique qui avait été prévue pour lui dans la nature ». L’humain occupe dès lors une place dominante, renforcée après le déluge : « Et la peur et l’effroi de vous seront sur chaque bête de la terre, sur chaque volatil dans l’air, sur tout ce qui se meut sur terre, et sur tous les poissons de la mer (Gn, IX, 2). Etonnez-vous dans ces conditions qu’Homo Sapiens se croit tout permis. La crise écologique comme conséquence du discours biblique n’est pas malgré tout une fatalité. « Ça n’a pas de sens, écologiquement parlant, d’opposer les droits des hommes à ceux des autres créatures et de la nature en général ». J.B. Callicot exprime clairement sa conviction : « En vérité je vous le dit, nous pouvons enrichir la nature tout en nous enrichissant nous-mêmes ». Le double dividende est bien là.
Il reste la question de l’influence de cet « héritage religieux » sur nos comportements. « S’il est certain que les représentations exercent une influence sur les comportements, il est tout aussi clair qu’elles ne les déterminent pas. Il arrive après tout que les comportements des gens contredisent les croyances, les idéaux et les valeurs qu’ils professent ». Après tout, la Bible n’est peut-être pas la seule coupable de la crie écologique.

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