Des racines et des gènes

Une histoire mondiale de l’agriculture
(2 volumes)
Denis Lefèvre
©Editions Rue de l’échiquier, 2018

   


C’est une histoire de l’humanité, et plus précisément de la France, vue au prisme de la société agricole. Société, et non activité, tant l’agriculture a été productrice, depuis l’origine, d’un ordre social, voire religieux. Le sacré et la terre font bon ménage. Il faut dire qu’il s’agit d’une affaire de survie, et que c’est peut-être encore le cas.
Un livre d’histoire, donc, des origines de l’humanité à nos jours, présentée en 2 volumes, la césure se situant à la deuxième guerre mondiale.  Un livre formidablement documenté, témoignant d’une immense culture dont Denis Lefèvre, journaliste et écrivain issu d’une famille d’agriculteurs, nous fait bénéficier. Un livre érudit qui se lit comme un roman. Les personnages sont vivants et l’histoire captivante, avec de nombreux repères auxquels le lecteur peut se rattacher. On y trouve la bible et les philosophes de la Grèce antique, les gaulois et les romains, Charlemagne et le moyen-âge, les arabes et les moines, etc. Nous sommes dans une aventure humaine, avec des sociétés qui se structurent et s’organisent par rapport aux ressources et aux techniques dont elles disposent. Nous suivons l’évolutions des pratiques, des relations entre hommes et animaux, et les échanges des campagnes avec les villes, lesquelles ont existé, paradoxalement, bien avant les villages. Révolutions agricoles et politiques se succèdent, la science agronomique prend son essor comme, aux premiers temps, la botanique avait su se détacher de la pharmacie. Recherche et industrie viennent côtoyer l’agriculture, avec Darwin, Mendel, Pasteur, bien avant l’INRA qui donnera, un siècle plus tard, une nouvelle impulsion aux pratiques agricoles. La mondialisation apporte le phylloxéra, mais malgré tout, le monde paysan atteint son apogée en France au XIXe siècle, jusqu’à « l’hécatombe de la première guerre mondiale ». Un chapitre est consacré au village sous la troisième république, s’inspirant notamment des écrits du premier écrivain-paysan, Emile Guillemin. « On y découvre une société immobile, plongée dans la routine. Une civilisation presqu’intemporelle ». C’est dans cet univers que surgissent les premières machines, « la batteuse, qui remplace le fléaux ».
Au lendemain de la libération, en 1945, l’approvisionnement alimentaire de la France pose de graves problèmes ». Ce sera un redémarrage lent, qui bénéficiera du plan Marshall et de l’arrivée des tracteurs américains, avec toutes les conséquences qui suivront sur l’organisation des fermes et des territoires. La fin des paysans, décrit bien plus tard par Henri Mendras ? En tous cas la fin d’une époque dans notre pays, mais avec les problèmes qui perdurent pour l’alimentation du monde, aujourd’hui et dans la perspective de 9 milliards de terriens en 2050.
Au total, un livre de référence, passionnant et d’une grande richesse. Un livre sur la relation Homme-nature depuis les débuts de l’humanité, une sorte d’histoire de l’écologie humaine pourrait-on dire.

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé