Climat : la guerre de l’ombre

Yannick Jadot (textes) et Léo Quievreux (illustrations)
Editions Le passager clandestin, 2015

Ce pourrait être une épopée, une chanson de gestes, le combat des hobbits et des forces de l’ombre. Yannick Jadot et son complice Léo Quiévreux nous présentent une lutte entre deux mondes, l’ancien et le nouveau.

Vous l’aurez compris, cette fresque agrémentée de planches dessinées décrit les manœuvres de retardement des uns, et les avancées des autres. L’action des lobbys d’un côté, et les innombrables initiatives de citoyens engagés qui tentent de défricher le monde de demain.
L’intérêt de l’ouvrage est de mettre en regard les efforts des deux camps, et les stratégies développées de part et d’autre. On y décèle une sorte de course poursuite, mais nous ne sommes pas sur un vélodrome. Le fond de décor est la planète, dont les ressources sont l’enjeu de ce combat.
Parmi les armes de l’ancien monde, figure le négationnisme, qui conduit au scepticisme largement évoqué dans ce blog. Le chapitre « Les eaux troubles du négationnisme climatique » met en scène les scientifiques mobilisés pour casser, aux yeux du public, l’unanimité du monde les climatologues sur l’origine anthropique et l’importance du dérèglement climatique. Ils sont nombreux, Claude Allègre en étant la figure de proue en France. Aux Etats-Unis, ce sont les pétroliers et les industriels de l’automobile qui mènent la danse. Ils ont créé en 1989, « l’année même de la catastrophe de l’Exxon Valdez qui souille les côtes de l’Alaska », la Global Climate Coalition. « Mission affichée : discréditer les rapports du GIEC et torpiller toute politique climatique ». Une coalition qui sévira jusqu’’en 2002, après le départ de plusieurs de ses membres. Trop d’excès sans doute.
En s’appuyant sur une étude de mars 2015 du Policy Studies Institute de l’Université de Westminster, Yannick Jadot affirme que « les trois quarts des plus grosses entreprises dans le monde sont membres de lobbys actifs sur le climat ». En Europe, la « coalition » s’appelle Business Europe, et le MEDEF français en est membre. Mais le quart restant ne reste pas inactif pour autant, et d’autres groupes d’entreprises s’organisent pour favoriser la transition énergétique.
Face aux efforts des lobbys climatosceptiques, le monde « nouveau » s’organise donc. Avec des entreprises, des citoyens, et souvent aussi des collectivités territoriales. Le territoire est souvent le point d’ancrage de la transition. L’ouvrage nous présente quelques initiatives. Nous découvrons notamment l’histoire du premier site éolien 100% citoyen en France. Nous faisons connaissance avec les « villes en campagne pour le climat », et notamment Energy Cities, association fondée en 1990 et qui regroupe aujourd’hui plus de 1000 autorités locales dans 31 pays. Et les exemples de politiques volontaristes abondent : En Suède, c’est Växjö, qui s’est orientée dès 1996 vers de zéro carbone. San Francisco est partie sur l’objectif zéro déchet en 2020. Heidelberg devient la région de l’habitat passif. La région Picardie met en place un service public de l’efficacité énergétique. Etc.
Un dernier zoom sur la Bretagne, avant de conclure. Un territoire qui a fait de mauvais choix, malgré quelques ilots de résistance comme en témoigne « l’appel de saint-Pern », lancé en 2014 « dans une exploitation qui produit du porc bio en circuits courts, alimente les cantines et fait de la vente directe ».
Un livre engagé en vivant, qui montre la vitalité du mouvement du changement, face aux forces conservatrices, qui mènent une « guerre de l’ombre ». On lui reprochera peut-être son manque de critique sur les maladresses des partisans du changement, et les buts marqués contre leur camp. La déception de la conférence de Copenhague mérite bien un examen de conscience.

 

 

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