Changer d’avenir

Réinventer le travail et le modèle économique

Les économistes atterrés
Les Liens qui libèrent, 2017


« La transition sociale et écologique est la voie d’un approfondissement de la démocratie ». C’est avec cette phrase que les économistes atterrés concluent cet ouvrage, reprenant avant l’heure et à une inversion près, l’appellation du nouveau ministère animé par Nicolas Hulot. Une phrase qui donne le cadre à cette formidable ambition de « changer d’avenir », restreinte par le sous-titre au champ de l’économie, ce qui n’est déjà pas mal. On regrettera malgré tout que ce cadre conduit les auteurs à négliger une forme de travail, très importante à de nombreux égards, le travail domestique, pour ne garder que le travail marchand et le travail du secteur public.


Quatre thèmes sont abordés, la crise écologique, les révolutions techniques (numérique, robots, etc.), le droit du travail, associé au revenu universel, et la place de l’Etat dans notre société. Deux parties, la première pour décrire la situation et les défis que nous devons relever, la seconde pour mettre des propositions sur la table. Un ouvrage pour ouvrir le débat, vous l’aurez compris. Un ouvrage polémique, avec des prises de position vigoureuses. Celles-ci sont parfois classiques, comme la référence à « l’anthropocène », voire la « capitalocène », pour évoquer l’ère que nous vivons et l’influence que l’homme (ou le capitalisme) y exerce, ou encore la puissance des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) et les difficultés à réguler leurs activités. D’autres sont plus surprenantes comme l’attaque de l’économie collaborative, qui dériverait vers une économie de prédation. Assimiler Uber et économie collaborative, voilà un objet de débat ! D’autant qu’au chapitre des propositions, c’est le « coopérativisme » qui est présenté comme voie d’avenir à explorer, notamment les CAE, coopératives d’activité et d’emploi. Le management est aussi pris pour cible, accusé de vouloir prendre « le contrôle de l’activité mentale impliquée dans tout acte de production ». Accusée aussi la récupération du « désir d’autonomie » pour valoriser le statut d’auto-entrepreneur, nouvelle forme de détournement du droit du travail.
L’essentiel de l’ouvrage réside sans doute dans la réflexion sur le travail, de ses formes multiples, de sa durée et son statut. Une approche historique, reprenant les principales étapes du sujet ces dernières années, en ignorant toutefois, comme évoqué en tête de cette note de lecture, le travail gratuit, domestique ou associatif, tout juste cité. La validation du travail « n’existe que sous deux formes : soit par le marché pour le travail produisant des marchandises, soit par décision politique pour le travail produisant des services non marchands ». Les militants des restos du cœur apprécieront, tout comme ceux qui s’occupent de leurs vieux parents devenus dépendants, et les innombrables contributions de l’économie domestique à l’économie des « économistes atterrés ».
Cette lacune une fois mentionnée, l’ouvrage est riche d’éléments pour nourrir le débat, élargi, dans la perspective discutée de « la fin du travail », au revenu universel. On notera notamment un chapitre important sur une nouvelle approche du droit du travail, élargi à tous les statuts, attaché à la personne plus qu’à l’emploi, et appelé « Droit commun du travail ». J’y ai retrouvé pour ma part certaines idées développées dans ce « dictionnaire », notamment avec le mot contribution. Un sujet où les rigidités sont aussi grandes que la méfiance des « partenaires sociaux » entre eux, affectée d’une inertie inévitable.
Un livre qui provoque des controverses, c’était bien son objectif et c’est tant mieux, un livre qui a le mérite d’explorer le futur.



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