Big five

Le retour des grands animaux sauvages
Marc Giraud
© Delachaux et Niestlé, 2018


Il s’agit ici de ré-ensauvagement. « Qui aurait cru, il y a de cela une trentaine d’années, que des castors, des loutres ou des phoques s’ébattraient à nouveau dans nos fleuves, que des loups hurleraient à nouveau dans nos montagnes ? » C’est l’histoire de cette aventure extraordinaire de la cohabitation du monde sauvage et de celui où nous avons nos habitudes. « La question reste : quel prix sommes-nous prêts à payer pour accepter l’existence d’une vie sauvage libre, indomptée, qui n’a que faire de nos intérêts économiques et qui peut poser des problèmes ponctuels ? »


Marc Giraud accompagne sa question du portrait de cinq de ces grands animaux de retour dans nos contrées. Une analogie avec les « big five » africains, éléphant, rhinocéros, buffle, lion et léopard, célébrés par les chasseurs en quête de trophées. Nos big five à nous sont le loup, l’ours, le lynx, le cerf et l’aigle. Pour chacun d’eux, l’auteur nous raconte une histoire avant de nous livrer quelques codes pour comprendre leur personnalité et leurs mœurs, et des pistes pour retrouver leurs traces.
Vous apprendrez ainsi que les loups, à la fois chasseurs et craintifs, sont « des animaux tranquilles aimant se prélasser au soleil et jouer avec les enfants ». De son côté, le lynx ne voit pas si bien que ça, et l’expression « œil de lynx » est due à une confusion avec Lyncée, navigateur des Argonautes. Heureusement, il a d’autres qualités, notamment une capacité à bondir hors du commun. Certains animaux vivent en solitaires, comme l’ours et le lynx, d’autres en couple (l’aigle), en famille (le loup) ou en harde (le cerf).
Les difficultés de cohabitation avec le monde civilisé sont bien réelles, mais elles trouvent des solutions, comme on l’observe dans d’autres pays que les loups, les ours et les lynx n’ont jamais quitté, ou à partir de programmes comme PastoraLoup, mis en place par l’association Ferus, et qui a du mal à convaincre malgré des succès indéniables. Les préjugés ont la vie dure. Il y a aussi les chiens de protection. Descendant du loup, le chien est le premier animal sauvage à avoir été domestiqué, il y a plus de 30 000 ans, et « il comprend mieux notre langage gestuel ou verbal qu’un chimpanzé, pourtant bien plus proche de nous génétiquement ».
Une approche très documentée, illustrée de merveilleuses photos, à la fois descriptive et sensible, propre à contrer la peur instinctive que la vie sauvage nous inspire. Et puis, il n’y a pas que ces big five. D’autres animaux sauvages sont de retour, moins emblématiques mais importants pour la biodiversité. Le chacal a été vu en France en décembre 2017, c’est tout frais. Il y a aussi le phoque gris et le veau-marin, qui remontent les rivières, le castor, la loutre, et le balbuzard pêcheur. La réintroduction du vautour a permis de faire des économies : en nettoyant les carcasses, les charognards auraient « généré 366 000 euros d’économies » par an dans le Pyrénées, et 440 000 dans les Causses. D’autres animaux attendent sagement leur tour. C’est le bison d’Europe, enfermé aujourd’hui dans quelques enclos, l’élan, les chevaux sauvages. Les fresques dont les grottes préhistoriques sont ornées nous montrent l’auroch, dont le dernier spécimen est mort en Pologne en 1627. L’animal, reconstitué à force de croisements de ses descendants, pourrait faire son retour dans des espaces naturels protégés. L’auroch nouveau est arrivé ! La vie sauvage devient ainsi une marque de modernité, une composante de la civilisation du XXIe siècle.
Comme le dit Jacques Perrin dans la préface, « Marc Giraud retisse des liens perdus avec l’ensemble du vivant ». Avec des histoires et de belles images, tout simplement.

 

 

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