Architecture, urbanisme et pratiques de l’Etat

Eric Lengereau

Comité d’histoire du ministère de la cuture, La Documentation française, 2017

Architecture urbanisme et pratiques de l Etat 2

Eric Lengereau observe l’architecture depuis toujours. Il nous livre ici une vision de 50 ans de politique de l’Etat dans ce domaine, de 1960 à 2010. Un ouvrage fondé sur 14 entretiens, avec 12 directeurs successifs chargés de l’architecture, et deux acteurs déterminants dans d’autres positions ministérielles, Pierre Mayet et Maryvonne de Saint-Pulgent. Une occasion rare de suivre une politique publique, avec ses évolutions, des aller et retours, le jeu des acteurs. Un ouvrage qui pourrait donner des idées pour d’autres politiques publiques, à une époque de multiples changements, avec la fin des 30 glorieuses et des efforts de reconstruction, le passage d’une approche purement quantitative à une ambition qualitative, la décentralisation, etc. Avis aux comités d’histoire des autres ministères.


Revenons à l’architecture. Faut-il une politique publique de l’architecture ? et qu’est-ce qu’une politique publique de l’architecture, où positionner l’architecture dans l’administration ? Autant de questions qui trouvent des éléments de réponses dans les entretiens avec ces 12 directeurs, 11 « haut fonctionnaires », et un architecte, de Max Querrien, directeur de l’architecture de 1963 à 1968 au ministère d’Etat chargé des affaires culturelles à Michel Clément, directeur de l’Architecture et du Patrimoine de 2003 à 2010 ministère de la Culture et de la Communication.
Des points de vue et des expériences différentes, selon les époques et les origines des directeurs, mais une constante, évoquée par la plupart d’entre eux : il n’est pas question de définir ce qu’est la qualité architecturale, mais de créer une situation propice à l’émergence de la qualité, selon Alain Bacquet (directeur de l’architecture au ministère des affaires culturelles de 1971 à 1977) ou le moule du gâteau selon Catherine Bersani (directrice de l’architecture et de l’urbanisme de 1994 à 1996 au ministère de l’Equipement, du Logement, des Transports et du Tourisme).
Le panorama qui nous est proposé permet de découvrir les grands débats qui ont animé la politique publique, l’Etat exerçant plutôt une autorité morale, un magistère selon Jean Frébault (directeur de l’architecture et de l’urbanisme de 1989 à 1994 au ministère de l’Equipement, du Logement, des Transports et de la Mer). Citons notamment le rapport parfois conflictuel, entre les cultures d’architecte et d’ingénieur, une dialectique selon Jean-Philippe Lachenaud (directeur de l’Architecture 1977-78 au ministère de la Culture sous diverses formes) ; administration de mission ou administration de gestion ? position de l’architecture vis-à-vis d’autres approches de l’espace, et notamment l’urbanisme ; le lien architecture-construction ; l’architecture monumentale, les grands palais, et l’architecture du quotidien, le logement, les lotissements ; la promotion et la diffusion d’une culture de l’architecture auprès des politiques et du grand public, starisation des architectes pour sensibiliser à l’architecture ; l’importance de la rénovation de l’habitat chère à Jean-Pierre Duport (directeur de l’architecture puis de l’architecture de 1981 à 1987 et de l’urbanisme au ministère de l’Urbanisme, du Logement et des Transports), qui rappelle que si l’intérieur d’un bâtiment appartient à son propriétaire, l’extérieur appartient à la collectivité ; l’enseignement de l’architecture, toujours compliqué au point que François Barré (directeur de l’Architecture et du Patrimoine de1996 à 2000 au ministère de la Culture et de la Communication) aurait souhaité  le voir passer sous la tutelle du ministère chargé de l’Enseignement supérieur; l’émergence du développement durable et le rôle du projet d’architecture pour éviter une consommation effrénée de ressources et de l’espace, selon Wanda Diebolt (directrice de l’architecture et du patrimoine de 2000 à 2003 au ministère de la Culture et de la Communication) ; le dilemme approche patrimoniale versus création architecturale ; le poids des normes et des procédures, freins à la création architecturale, ou bien contrainte féconde ; les concours d’architecture et la qualité des constructions publiques ; l’organisation territoriale de l’Etat en matière d’architecture, DRAC, DRAE, SDA, CAUE, architectes conseils des DDE, etc. ; architecture et maîtrise d’œuvre ; architecture et maitrise d’ouvrage ; la part des collectivités territoriales ; privilèges d’un « club » d’architectes vedettes versus architectes aux pieds nus (Catherine Bersani), etc.
Un panorama passionnant, où chacun pourra se faire une idée à partir des positions des différentes personnes interrogées. Les politiques publiques ne sont pas toujours aussi faciles à mener que ce que l’on entend dire au café du Commerce.

 

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé