Aliénation et accélération

Aliénation et accélération
Vers une théorie critique de la modernité tardive
Hartmut Rosa
La Découverte Théorie critique, 2012



Il s’agit d’un livre de philosophie. Une réflexion sur le temps qui passe, qui passe de plus en plus vite. C’est le phénomène d’accélération du temps qui est au cœur de cet ouvrage. Un sujet central quand on s’intéresse au développement durable, avec la référence au temps que comporte le mot « durable ». Il n’y a qu’à voir le nombre de mots de ce site tournant autour du temps : Temps, Vitesse, Course, Passé, Avenir, Avance, Retard, Jour, Urgence, Sens de l’histoire et bien d’autres.



L’accélération du temps se manifeste sous trois formes : accélération technique, comme celle de la vitesse des transports, accélération du changement social, qui pouvait prendre plusieurs générations avant hier, une génération hier, et moins qu’une génération aujourd’hui ; accélération des rythmes de vie, « augmentation du nombre d’épisodes d’action ou d’expérience par unité de temps », avec le ressenti de « faire plus de choses en moins de temps ». Trois formes distinguées pour l’analyse, mais qui se conjuguent dans la vie courante pour rendre l’accélération de plus en plus forte, et incontrôlable.
La conséquence est la perte de repères, avec notamment des accélérations variables selon les domaines : « tout le monde peut voir que la vitesse des transactions économiques, des découvertes scientifiques et des innovations technologiques a augmenté de manière spectaculaire au cours des dernières décennies, alors que ce n’est pas le cas du rythme des décisions politiques, et que le rythme de la reproduction culturelle, c'est-à-dire la transmission générationnelle de la connaissance symbolique, est sans doute limité ». « L’accélération rapide des marchés financiers après les révolutions politiques et numériques, autour de l’année 1989, a clairement mené à une rupture nette entre les vitesses en constante augmentation de l’investissement et du capital, d’une part, et le rythme tranquille de l’économie réelle » ».Les effets de l’accélération du temps se font sentir sur la vie démocratique et économique, et aussi sur la consommation, le stress que beaucoup ressentent, de peur de ne plus répondre à des exigences qui se renouvellent trop vite. La frénésie de consommation, ou plutôt d’acquisitions d’objets que l’on n’a plus le temps de  consommer convenablement, en est une autre conséquence. Pression sur les humains et sur la planète, gouvernance en péril, économie dominée par la finance, sont donc les suites logiques de cette accélération, que Hartmut Rosa nous décrit comme totalitaire. Elle nous fait perdre le sens des choses, leur cohérence, et rend impossible la recherche de la « vie bonne », celle où chacun se réalise pleinement. Tout va plus vite, mais il n’y a plus d’orientation visible, on court pour rester sur place… L’aliénation est en marche, par rapport à l’espace, par rapport aux choses, par rapport à nos actions et par rapport au temps, par rapport à soi-même et aux autres.
Les philosophes y trouveront de nombreuses références à la Théorie critique, mais rassurez-vous, il n’est pas nécessaire d’être philosophe pour lire ce livre et en tirer matière à réflexion, et quelques repères pour mieux comprendre la marche du monde « moderne tardif » .

 

 

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