A la recherche d’une humanité durable

Michel Juffé
©L’Harmattan, 2018

La condition humaine est le thème véritable de cet ouvrage. Elle ne nous satisfait pas, et nous, l’humanité, tentons de s’en extraire. Notre désir de « toute puissance » nous conduit à vouloir s’abstraire de la nature. C’est l’essence même de l’humanité qui est en cause, sur fond d’homme augmenté ou de post humanisme, car nous avons bien du mal à accepter de n’être qu'une partie de la nature. Comment canaliser cette recherche de « toute puissance », de manière à aller vers une « humanité durable » ? Michel Juffé propose plusieurs pistes, comme une Déclaration universelle des fins de l’humanité (DUFH) et des institutions pour la faire respecter.

 Comment en est-on arrivé à cette obsession de la toute puissance, parfois présentée comme une recherche de la perfection ? En bon philosophe, l’auteur nous entraîne dans un déroulement logique, en reprenant les choses depuis le début : qu’est-ce que la nature, l’évolution des êtres vivants dans la nature, la position de l’homme dans la nature, etc. L'homme est-il au-dessus de la nature, en opposition à la nature, ou partie de la nature ? Les cultures issues des religions monothéistes ont propagé l’idée que la nature a été créée par Dieu pour l’homme, ce qui le place « hors nature », mais cette conception a fait l’objet de nombreuses controverses. Michel Juffé fait appel à de nombreuses personnalités pour construire son raisonnement et présenter l’évolution de la pensée dans ce domaine. On y trouve des philosophes, mais aussi des personnalités scientifiques ou religieuses. L’un des atouts de l’ouvrage est justement de rassembler ces éléments de la pensée qui ont forgé les opinions d’aujourd’hui. Une citation de Spinoza situe le point de départ de la réflexion : « Chaque chose, autant qu’il est dans son pouvoir, s’efforce de persévérer dans son être ».  Spinoza tient une bonne place dans l’aréopage de bonnes fées convoquées par Michel Juffé pour son livre. On y trouve également, en désordre et de manière non exhaustive, Aristote, Platon, Giordano Bruno, Lucrèce, Darwin, Diderot, Descartes, Montaigne, Teilhard de Chardin, Eugène Odum, Kant, Hegel, Marx, Hobbes, Stiglitz, Claude Lévi-Strauss, St Augustin et les papes Léon XIII et Paul VI. Une richesse de références qui illustre bien la complexité de la question de l’homme dans la nature et du devenir de l’humanité.
C’est ainsi que nous passons « de la peur à l’exaltation de la puissance », pour reprendre le titre d’un chapitre. Une puissance qui s’exprime par le goût des « méga-machines », « pour se libérer des conditions naturelles difficiles et aléatoires », et qui s’exerce souvent contre les animaux. Une démesure soutenue par une conception d’un monde marchand « autonome par rapport à tout autre phénomène de la nature », et le mythe de « l’homme parfait », qui « dépasse les contingences de la vie humaine terrestre ».
Parmi les leçons que Michel Juffé propose pour assurer la « persévérance de l’être » des humains, retenons que « la diversification et la formation de communautés de ces êtres diversifiés -par le biais d’association : coopération, mutualisme, symbiose – sont plus favorables à la persévérance dans l’être que le repli sur soi, la fréquentation des seuls semblables ou le maintien en l’état d’un système vivant donné ». Les autres ne sont plus un enfer.

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