2050 : Quelles énergies pour nos enfants ?

Pierre Papon, ©Le Pommier, 2017



Une forme de traité « Du bon usage des scénarii », appliqué à l’énergie. Pierre Papon a le don des scénarii. Des scenarii à rebours, d’hier, et ceux de demain. Les premiers relèvent de l’uchronie. Une histoire du possible, une réalité « alternative » comme on dit aujourd’hui. Avec des « si », pour explorer un autre futur antérieur. Un Louis XVI entreprenant, conseillé par Necker, aurait ainsi pu dynamiser une politique énergétique en France, et ainsi rivaliser avec l’Angleterre, qui a pris une bonne longueur d‘avance dans son processus d’industrialisation.

Il faut rappeler qu’à cette époque, la France manquait de bois, une des principales sources d’énergie, mais aussi matière première de la flotte royale. La mise en parallèle des deux histoires, la vraie et l’inventée, permet d’analyser un cheminement, et de saisir les raisons d’une bifurcation. L’uchronie, pour mieux comprendre la vraie histoire. Un procédé que l’auteur utilise à plusieurs reprises, et qu’il prolonge dans un exercice de prospective.
L’avenir n’est pas écrit, mais il est possible de l’imaginer, et de plusieurs manières différentes. Ce sont des scénarii, et ils sont nombreux pour l’énergie et le climat, comme, par exemple, le scénario NégaWatt, qui a fait l’objet d’une note de lecture dans ce blog. La spécificité de Pierre Papin, est la liberté qu’il se donne. Il ne cherche pas à développer une théorie, il veut « donner à voir ». La première attitude impose une discipline particulière. Pour être crédible, éliminons les hypothèses trop audacieuses, ne retenons que les techniques éprouvées. Cette autocensure assumée confine l’imaginaire dans un contexte déjà connu pour une bonne part. Les nombreuses techniques émergentes, trop jeunes et trop incertaines, ne peuvent être prises en compte, elles affaibliraient le scénario. Pierre Papon s’affranchit de cette contrainte, et nous raconte des histoires. Il nous entraîne à Singapour en 2045, qui fabrique du carburant avec des micro algues « cultivées dans des bassins installés sur des plateformes en mer », et exporte la moitié de sa production. Nous sommes ensuite à l’inauguration des 32e jeux olympiques, le 24 juillet 2020, où l’empereur arrive à bord d’une voiture à hydrogène. Et nous voici à Abidjan, en mars 2029, où est présenté un nouveau procédé de fabrication de l’ammoniac, particulièrement économe en énergie. Des coups de projecteur sur l’avenir, décrit comme si vous y étiez, pour faire comprendre les mécanismes de l’histoire.
Pierre Papin se donne des libertés, mais il en fait bon usage. Il fonde ses hypothèses sur une bonne base scientifique, et une analyse fine des enjeux. Il identifie « Quatre variables clés pour faire face aux défis énergétiques », qui seront autant de fils conducteurs de ses réflexions : « l’intensité énergétique, l’urbanisation couplée à la démographie, la science et l’innovation technologique, les structures sociales ». Il nous décrit par ailleurs l’avancée des grandes filières de production, et les transformations sociales attachées aux enjeux énergétiques.
Un livre vivant, fort bien documenté, qui ouvre le champ du possible et nous le fait voir.

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