Modes et Modèle

Substitut

Les limites de notre planète nous conduisent à réduire la pression sur les ressources les plus exposées. Une des manière de faire est de leur substituer d'autres ressources plus abondantes. Le substitut, plutôt que la privation.

Il ne s’agit pas ici de procureur, mais plutôt d’ersatz, d’un produit qui en remplace un autre. Un classique du développement durable. Si le Pétrole vient à manquer, ou si on lui trouve des inconvénients irréductibles, par quoi le remplacer ? Le plomb dans l’essence s’est vu substitué d’autres agents, comme le potassium, qui ne présentent pas les mêmes inconvénients. On peut aussi évoquer un leurre. La pratique est classique chez le Vieux cerf, qui détourne la meute en confondant sa piste avec celle d’un jeune.
En matière de développement durable, le substitut peut être décliné au propre et au figuré. Au propre, il s’agit de trouver de nouvelles sources d’énergie, par exemple, ou de nouvelles nourritures. Les énergies renouvelables, en substitution des énergies fossiles, dont l’Usage  conduit à déstocker en 2 ou 3 siècles le Carbone amassé au cours de millions d’années. Pas sympa pour nos descendants, qui auront bien du mal à trouver une énergie aussi efficace et aussi concentrée, quand nous aurons écrémé tout ce qu’il est facile de ramasser. Et très risqué pour les grands équilibres de la planète, avec les changements dans la composition de l’atmosphère que la combustion provoque. Peut-on substituer, en quantité suffisante, et en conditionnement souple et concentré, d’autres formes d’énergie ? Problème bien connu, aujourd’hui, longtemps négligé, et parfois encore mis en Doute, pour pouvoir continuer comme avant, c’est tellement plus simple !
Les substituts se succèdent parfois, au fur et à mesure que les Connaissances progressent. Le chlorofluocarbure, CFC pour les intimes, a rendu de grands services. Il a permis de produire du froid, et s’est retrouvé comme agent propulseur dans les bombes aérosols et autres extincteurs. Le CFC a permis d’éviter bien des Accidents, en se substituant à d’autres Gaz qui explosaient en cas de mauvais maniement de ces appareils.  Ce sont des composés chimiques incolores, inodores et sans saveur, ininflammables, non-corrosifs à l’état gazeux ou liquide, non toxiques et que l’on a cru très stables. Manque de chance, ils se décomposent en haute altitude sous l’effet des rayons ultra violets, et les produits de cette décomposition sont, eux, agressifs pour l’ozone de la stratosphère qui nous protège de radiations dangereuses. Et en plus, ils contribuent à l’effet de serre. Dès 1987, leur sort était scellé.  On leur a trouvé de nouveaux produits de substitution, comme les HCFC (hydrochlorofluorocarbones), une version light des CFC, utilisée au départ puis interdite depuis le 1er janvier 2010. Il y a aussi les HFC (hydrofluorocarbones), inoffensifs pour la couche d’ozone,  mais gros contributeur à l’effet de serre. Pas facile de trouver un substitut à un produit très répandu, pas Cher, d’usage courant. La question est posée pour le carbone, mais la société sans carbone reste à inventer.
Le substitut s’invite également dans nos Cuisines. Comment réduire certaines consommations trop pénalisantes pour l’Environnement ? Ce qui était possible du Temps où l’humanité ne comptait qu’un milliard d’individus, commence à poser des problèmes, et en posera encore plus quand nous approcherons des 10 Milliards. La Terre peut nous nourrir, mais en choisissant un régime alimentaire performant. Plus question de dépenser 10 calories pour n’en trouver qu’une seule Utile en fin de Course. Il va falloir substituer des végétaux à la viande. Nous ne sommes pas condamnés à devenir végétariens, mais à réduire notre consommation « carnée ». Ce virage est incontournable pour nourrir l’humanité de 2050. Une substitution aussi bien culturelle qu’économique. Rien de plus fort que les habitudes alimentaires, avec leurs significations affectives et sociales.
Même pour le Tabac le substitut est de Rigueur. Pour sevrer le fumeur, mais aussi pour amener le producteur à changer de culture. L’exemple du Kénaf, (plante fibreuse cultivée en Malaisie, dont la tige atteint 3,7 m) est significatif à cet égard (1). Cette plante se substitue au tabac, et ne demande aucun intrant. Son développement permet d’économiser de l’énergie sans prélever sur des cultures vivrières, sans consommer de produits chimiques importés, et offre des revenus de substitution aux agriculteurs malais. Du bon substitut, a priori. A suivre.
Poursuivons sur cette voie. C’est tous nos modèles de développement qu’il va falloir changer. Le substitut ne sera plus physique, palpable, il sera aussi et surtout dans nos esprits. Le modèle du toujours plus, de l’accumulation doit laisser la place. Hérité sans doute d’une époque d’angoisse et d’Incertitude , dans les replis de nos cerveaux reptiliens, où la Peur de manquer  nous dominait, ce modèle est aujourd’hui obsolète. Non pas que la peur de manquer soit abolie pour toujours, mais qu’elle est mauvaise conseillère. Elle pousse à l’appropriation et au gaspillage, et non à l’efficacité. L’économie de fonctionnalité doit se substituer à l’économie d’accumulation, l’économie Circulaire à une économie linéaire, conçue pour un monde infini.
Substituer un modèle de développement à un autre ne s’improvise pas. Surtout s’il faut le faire en quelques dizaines d’années, et encore plus s’il s’agit d’un virage à 180° par rapport aux représentations idylliques diffusées depuis des lustres. Un Exploit à réaliser avec une règle de conduite minimale, ne pas réveiller ou accentuer l’angoisse. Celle-ci ne ferait que renforcer le réflexe de repli sur soi, et en fin de compte les conservatismes et égoïsmes communautaires. Tout faux pour conduire le changement.
Le substitut ne s’impose pas de l’extérieur, comme une potion amère à avaler. Il doit prendre corps de l’intérieur, avec une envie de découverte d’un autre monde, a priori plus agréable que celui où nous avons vécu jusqu’à présent. Un monde nouveau, à imaginer et à construire à notre Image, ce n’est pas sympa ? Voilà une stratégie qu’il faudrait substituer à celle de la culpabilité et de l’angoisse du futur, trop souvent utilisée au nom du développement durable, et qui le plombe au lieu de le favoriser.

(1) Source : Le Moniteur.fr  du 08/12/2009


Chronique mise en ligne le 14 février 2010 

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