Modes et Modèle

Amoureux

Il faut des moteurs au développement durable. Il y a besoin de technique et de méthode, mais il faut aussi et surtout jouer sur les sentiments. Comment rendre amoureux du développement durable ?

« On ne tombe pas amoureux d’un taux de Croissance ». Cette phrase de Jacques Delors peut se décliner dans bien des domaines. 

On ne tombe pas amoureux de la RT 2012. On peut l’imposer, et il faut le faire, mais ça ne fonctionne alors que dans les champs sous contrôle. L’obligation est la manière de faire pour la construction neuve et les gros travaux. Elle reste lettre morte pour les bâtiments existants, qu’il s’agisse d’intervention ponctuelle ou de la maintenance que l’on voudrait bien voir « améliorative ».
Dans ce domaine, un arsenal de Mesures se prépare pour favoriser la rénovation dite thermique, mais entrer « chez les gens », dans leur logement, c’est entrer dans leur intimité, et toucher à leur mode de vie. Les incitations financières, l’accompagnement technique, le renforcement des capacités d’intervention des professions, ne suffisent pas. La Peur du gendarme, bien Utile pour faire appliquer la Loi, et qui permet progressivement de faire intérioriser les bons comportements, n’est pas adaptée au logement. Il faut trouver autre chose si on souhaite que ce besoin d’amélioration de l’habitat soit partagé et entre dans les pratiques.
Il est surprenant de constater l’absence totale du principal intéressé, l’usager, l’habitant, dans la batterie de mesures envisagées. Comment espérer que le Mouvement se développe sans le désir de ces gens-là ? Tout d’abord, parce qu’une part d’entre eux peut passer directement commande des travaux, et les financer, au moins partiellement, et alors l’accompagnement prévu trouvera toute son efficacité. Pour Les autres, ensuite, parce que ça provoque une demande, une pression sur les décideurs, tout en créant un contexte général favorable au bon Usage des locaux ainsi rénovés. 
L’existence d’une attente, d’un besoin ressenti, est la condition du succès de ce type d’opération. Celle-ci ne s’arrête pas à la livraison des locaux rénovés, elle se poursuit avec l’usage, et par conséquent avec les usagers. Une rénovation venue de l’extérieur n’aura jamais la même efficacité qu’une rénovation voulue, préparée, à laquelle les occupants auront pu apporter leur point de vue, leur Vécu. Tant que la rénovation thermique sera exogène, les financements seront plus difficiles à mobiliser, les travaux seront mal vécus et leur utilité incomprise. L’opération d’amélioration doit être souhaitée, et répondre pour cela à une série de préoccupations liées à l’habitat. L’énergie est une de ces préoccupations, mais ce n’est pas la seule, il s’en faut, et n’est pas forcément celle qui déclenche les travaux. Pour ne prendre qu’un exemple, les problèmes de Bruit sont la première cause de mécontentement des personnes pas satisfaites de leur logement, et à l’inverse, le Calme est le premier poste de satisfaction pour celles qui se sentent à l’aise dans leur logement.
Si on veut que les français tombent amoureux de leur logement, qu’ils aient envie de le choyer, qu’ils dépensent volontiers de l’Argent pour lui faire Plaisir, qu’ils soient fiers de le montrer, il faut aller au-delà du discours technique sur l’efficacité énergétique. La rénovation tout court se vend plus facilement que la rénovation thermique. « Home, suit home » ! Il doit être possible de faire de la Qualité de vie chez soi un élément structurant de demande sociale, avec sa Dynamique propre. A l’inverse, la rénovation énergétique a toutes les chances de rester une contrainte externe, à soutenir en permanence, à bout de bras.
La préoccupation de la maintenance et de l’amélioration en continu de son logement n’est pas répandue dans la Culture des Français. C’est là qu’il faut porter l’effort, avec les Moyens nécessaires pour cela. Créer un mouvement d’Opinion, durable dans tous les sens du mot, qui ne soit pas une mode passagère, ne s’improvise pas. Il faut jouer sur tous les tableaux, à commencer par des études d’opinion sur la manière dont le logement est ressenti, selon les cas de figure. Il s’agit de créer une Valeur sociale à partir d’un logement bien entretenu et performant, avec des codes de reconnaissance, comme peut l’être la possession d’un téléphone portable de la dernière génération. Et en plus, c’est bon pour votre porte-monnaie, et en plus, c’est bon pour la planète.
Alors seulement, l’existence d’une Offre prête à répondre à la demande sociale, de « produits » techniques et financiers, prendra toute sa valeur. Les Professionnels se formeront en nombre, alors que les formations actuelles, malgré leur excellente qualité, peinent à toucher leurs cibles. Les conseils, espaces info énergie et CAUE par exemple, seront largement sollicités.
A défaut de rendre nos concitoyens amoureux de la RT 2012, il doit être possible de les attendrir sur le sort de leur logement, leur « chez soi », en commençant par faire que ce soit réellement des « chez soi ». Il doit être possible de les conduire à des arbitrages au Profit de leur chère maison. Tant pis, on attendra un an pour changer de voiture, mais on va faire pâlir d’Envie nos voisins, et on sera tellement bien, douillettement au chaud et au calme, tout en faisant des Economies et en préservant les Générations futures…
 

 

 Chronique mise en ligne le 10 mars 2013

Mots-clés: innovation, changement, émotion, état d'esprit

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