Mesurer et compter

Mesure

Comment mesurer le bonheur ? C'est sans doute mission impossible, mais il est bon de trouver des moyens de mesurer à la fois des éléments qualité de vie et les ressources que nous consommons pour les obtenir.

Il ne s’agira pas ici du sens de la mesure, une vertu dont l’utilité n’est plus à démontrer, mais de la manière dont on évalue un phénomène, en l’occurrence le développement durable, cet être étrange et multiforme dont ce blog parle régulièrement depuis 2006.

La question est de savoir si l’on progresse ou si l’on régresse, de savoir comment on se situe par rapport aux autres, d’identifier les leviers qui apportent une efficacité maximum à l’action que l’on peut mener pour bien faire.
Inutile d’ajouter qu’en période de crise, où l'incertitude et l’inquiétude règnent, on est bien content de trouver des repères, surtout si on veut naviguer à contre-courant, et qu’il faut convaincre un tas de gens. Les indicateurs traditionnels de l’économie, PIB en tête, sont contestés quand il fait beau, mais deviennent la référence incontournable au moindre coup de Vent. Les Emplois, les emplois, les emplois ! Le PIB qui traduit un niveau d’activité, répond à la demande immédiate, mais ne donne aucune indication sur le rendement du système : Les ressources disponibles produisent-elles le maximum de bien-être ? Et en cas de crise profonde, c’est bien sur l’essentiel qu’il faut réfléchir, l’efficacité de notre organisation sociale.
Il n’empêche, et il faut s’en réjouir, les travaux avancent sur d’autres manières d’évaluer de développement d’une société. On a vu le BNB, Bonheur national brut se mettre en place au Bouthan, petit pays, certes, mais il faut bien commencer. On a vu les économistes publier de nouveaux indicateurs, comme le Happy Planet Index, ou de décliner les différents types de capital dont l’humanité tire ses revenus.
Le Débat est ouvert en France à la suite du Grenelle de l’Environnement qui annonce la mise en place d’indicateurs du développement durable en 2010. Une commission a démarré ses travaux en 2008, sous la présidence d’un Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, pour compléter l’approche comptable du volet des prélèvements. Il s’agit d’une épargne nette ajustée, une expression dont les économistes ont le secret, où les ressources consommées dans un cycle de production sont décomptées des bénéfices. La moindre des choses serait-on tenté de dire. Comment établir un bilan sans y intégrer le passif ? Cette approche, qui reste comptable, devrait être complétée d’indicateurs d’autres natures, comme l’indice de développement humain ou l’empreinte écologique. Le Conseil économique, social et environnemental a, de son côté de publié un rapport(1) sur les indicateurs du développement durable. Sa préoccupation première est de fournir des indicateurs facilement compréhensibles. Il s’agit d’un instrument de communication, et les écarts entre la perception vécue et les analyses des experts est tellement fréquente qu’il faut à tout prix éviter ça. C’est sans doute la raison pour laquelle les membres du CESE ne sont pas fana des indices synthétiques, composites et donc d’interprétation difficile. Ils préfèrent des indicateurs plus clairs, comme le bilan Carbone qui ne porte que sur un seul phénomène. Bref le débat est ouvert, sur la manière de rendre compte le plus fidèlement possible, et le plus simplement possible à a fois, des nombreuses dimensions de notre vie, Santé, Travail, loisirs, formation, intégration dans la société, etc. Il ne peut être franco-français, et de nombreux organismes internationaux comme l’OCDE se penchent sur la question de la mesure des Progrès en développement durable. L’objectif est de passer d’une Civilisation « du beaucoup avoir » à une civilisation « du mieux être », pour reprendre les termes du rapport du CESE. La comptabilité purement quantitative doit laisser la place à une approche plus qualitative. La mesure devra devenir intelligente !

1 - Les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique, avis présenté par Philippe Le Clézio le 27 mai 2009, disponible sur www.conseil-economique-et-social.fr

Chronique publiée le 19 juin 2009

 

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