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Relatif

Le développement durable est une démarche de progrès, dont l’évaluation est une composante incontournable. Mais attention à ne pas s’enfermer dans des évaluations cloisonnées. L’évaluation doit garder un caractère relatif.

Les Qualités sont souvent caractérisées par des notes. Celles-ci traduisent le niveau obtenu par rapport à tel ou tel objectif. Il est rare que ces objectifs, ciblés sur un thème ou une famille de thèmes,  soient mis en regard d’objectifs d’autres natures. Ils ne sont pas relativisés. A quel Prix obtient-on un résultat dans un domaine particulier ? La Finance est bien sûr au rendez-vous, et impose sa présence pour relativiser tel paramètre - « C’est trop Cher, on verra quand les circonstances seront plus favorables ! » - mais il y a bien d’autres éléments qui pourraient pris en compte, notamment des éléments humains d’acceptabilité, ou de confort, d’adhésion, de participation, ou des éléments d’Environnement. La qualité technique n’a qu’un sens technique. C’est déjà pas mal, mais ça ne suffit pas. L’objet même du bien ou du service que l’on évalue avec des notes, sa raison d’être, doit rester la référence. Avant de savoir si un produit est économe en énergie, il faut savoir s’il répond correctement au besoin, s’il remplit sa mission. Les qualités des bâtiments nous donnent une illustration de la nécessité de relativiser.
Installé en octobre 2012, l’Observatoire de l’Immobilier Durable élabore un « baromètre de la performance énergétique et environnementale des bâtiments tertiaires ». Il bénéficie de retours d’informations sur 800 bâtiments tertiaires, représentant plus de 5 millions de Mètres carrés,  et répartis en trois familles : bureaux, Commerces et logistique.
C’est un instrument très intéressant, qui permet de comparer différents types de bâtiments, selon leur mode constructif, leur année de construction de la règlementation qui y était en vigueur, leur mode d’exploitation, etc.  Il suit 6 indicateurs, essentiellement sur l’énergie et le climat, mais aussi sur l’eau et les Déchets. Il reste de nombreux autres aspects environnementaux qui auraient pu y être intégrés, mais c’est déjà bien de disposer d’informations sur ces 6 Points. D’autant qu’il ne s’agit pas de prévisions, ni de Calculs, mais d’observations réelles.
La première livraison de ce baromètre, en décembre 2012, est instructive. Les bâtiments sont classés dans leurs catégories de A à H pour leurs consommations d’énergie. La catégorie A est un ensemble vide. Zéro immeuble de bureau, de commerce ou de logistique ne répond aux critères.  Il y a des Marges de progression ! Quand on voit l’effet que l’étiquetage énergétique a produit pour l’électro ménager, on peut espérer que cette notation va « tirer » la qualité cers le haut. D’ailleurs, l’observatoire nous dit bien que « les réglementations thermiques successives ont permis de diminuer les consommations énergétiques réelles pour atteindre une moyenne sur les 5 usages principaux de l’ordre de 100 kWh /m².an sur une moyenne située à 470 kWh /m2 .an tous usages confondus ». Maintenant que les consommations sont rendues publiques, nul doute que chaque gestionnaire d’immeuble tertiaire fera le maximum pour améliorer sa note. L’information entre dans les bilans, et devient un des éléments de calcul des prix.
Le baromètre met aussi en Valeur l’importance de l’exploitation du bâtiment. Il n’y a pas que ses qualités « intrinsèques », il y a aussi la manière dont on les valorise. Il faut faire fructifier ses Talent s. On entre ainsi dans le relatif. La qualité intrinsèque est de l’ordre de l’absolu, l’exploitation introduit du relatif, « ça dépend ». Ça dépend du comportement des occupants, de leur activité, de leurs horaires, et ça dépend de la qualité de la gestion du bâtiment, de son entretien, de la Rigueur qui y est mise. Le meilleur bâtiment mal entretenu, et exploité sans souci de l’environnement peut présenter un bilan désastreux.
Mais un bâtiment n’a pas pour objectif de réaliser des Economies d’énergie. Il est fait pour accueillir des êtres humains, leur offrir un cadre de vie et de Travail conforme à leurs besoins et leurs aspirations. L’énergie est un moyen pour obtenir ce résultat. Tant mieux si on peut en consommer moins, mais sans perdre de vue la finalité du bâtiment. C’est une évidence sociale, c’est aussi un bon calcul économique, puisque l’exemple pris est de bâtiment tertiaire. Les personnels sont bien plus à l’aise dans un bâtiment confortable, et leur Productivité s’en ressent.  L’économie d’énergie, la lutte contre l’effet de serre, la bonne gestion de l’eau et des déchets, sont des impératifs qui n’ont de sens qu’à qualité de service rendu équivalente. Pour ne prendre qu’un exemple, dans les bureaux, la température de référence est 19° alors que de nombreuses études, et l’observation de la vie réelle, montre qu’il manque 1 à 2 degrés pour obtenir un réel confort. La productivité du travail dans les bureaux passe par un maximum à 21°.  L’efficacité énergétique doit donc être obtenue avec cette température, non avec une hypothèse fictive, toujours détournée d’une manière ou d’une autre. Il ne suffit donc pas d’observer les Performances techniques, il faut aussi et surtout observer le degré de satisfaction des acteurs, personnels, clients, et la qualité de réponse globale à la demande sociale.
La technique est ainsi au service d’un besoin, d’une activité, alors qu’une observation strictement sectorielle, sur l’énergie et l’environnement en l’occurrence aurait tendance à inverser l’ordre des priorités. Ce faisant, l’oubli de la finalité donnerait une mauvaise Image des objectifs techniques à atteindre, comme la lutte contre l’effet de serre, impératif fort qui serait ainsi mal compris, associé à une Contrainte désagréable, et dévalorisé.
On a souvent substitué les mots, sans en comprendre la réelle signification. L’environnement est une approche sectorielle, très importante car il s’agit de notre Patrimoine et de nos capacités productives. Le développement durable relativise l’environnement, comme il le fait de l’économie. Les différentes dimensions de la vie s’interpénètrenet, et une vision partielle, isolée, ne peut qu’être dangereuse.
Il n’y a pas de développement durable sans évaluation. On n’explore pas des futurs potentiels sans regarder où on met les pieds, sans vérifier que les pistes suivies ne s’avèrent pertinentes.  Innovation et évaluation vont de pair. Mais attention à ne pas se donner d’œillères, au prétexte de mieux voir un aspect particulier. Chaque objectif partiel doit être mis en relation avec d’autres objectifs, de manière à trouver la meilleure combinaison. L’évaluation, quand elle concerne des Moyens, ne peut qu’être relative.


Chronique mise en ligne le 7 mai 2013

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