Maison

Grise

Adieu les éminences, voici l’énergie grise à l’honneur, dans le bâtiment. Une source négligée pendant longtemps, et aujourd’hui objet de nombreuses innovations.
Dans le bâtiment, c’est l’adjectif associé à l’énergie que l’on ne voit pas. Elle est cachée dans les matériaux et tout le matériel nécessaire à la construction, on la trouve dans l’énergie que l’on peut récupérer si on est malin, aussi bien dans l’air que dans l’eau, et des différents équipements présents dans les maisons.
Dans l’habitat traditionnel, la cuisinière servait à mijoter les petits plats autant qu’à chauffer la pièce principale, et souvent unique. La même énergie servait à chauffer la marmite et l’atmosphère ambiante. Les cuisinières en fonte avaient un réservoir pour procurer de l’eau chaude. Un seul foyer, plusieurs services rendus. Même si le rendement du foyer est médiocre, c’est pas mal.
Les temps modernes nous ont conduits à séparer les fonctions, chacune avec sa source d’énergie. Avec comme résultat beaucoup de pertes en ligne. Le renouvellement d’air, incontournable, emporte vos calories vers l’extérieur, et l’eau chaude de votre bain se retrouve dans les égouts. Peut-on, avec les techniques et le mode de vie d’aujourd’hui, retrouver la philosophie des maisons d’antan, et faire d’une pierre plusieurs coups, d’une énergie plusieurs usages ?
Les exigences en matière de qualité thermique des constructions ont bouleversé les équilibres, pour les nouvelles maisons, et pour les anciennes dans une moindre mesure. L’énergie consommée dans un bâtiment tout au long de sa vie l’était essentiellement dans son fonctionnement courant, pour se chauffer, avoir de l’eau chaude, faire la cuisine, s’éclairer et faire tourner des appareils. Un rapport de l’ordre de 80/20. Il fallait faire des efforts sur le chauffage et l’isolation de la maison, sur la performance des sources d’énergie, des ampoules et du matériel. Maintenant, avec des constructions conformes aux nouvelles règles, la consommation pour le chauffage a chuté, et l’énergie liée à la construction, et la démolition (on dit déconstruction, dans la mesure où les éléments constitutifs de l’immeuble sont triés et récupérés) est devenue équivalente à celle liée à l’utilisation. La chasse à l’énergie grise, incorporée dans les matériaux et les techniques de construction, est ouverte. Un poste secondaire est devenu de premier plan. Encore faut-il que ce ne soit pas au détriment de la consommation quotidienne, toujours prête à bondir, si on relâche la garde.
Vient ensuite la chasse aux énergies grises liées au fonctionnement des maisons.
Ça a commencé avec l’air. Une maison bien isolée doit être ventilée, et adieu les calories soigneusement conservées ! Alors, il a été décidé de récupérer ces calories, grâce à des échangeurs de chaleur. On n’ouvrira plus les fenêtres, mais l’air sera évacué par des extracteurs où l’air entrant se chargera de la chaleur de l’air sortant. C’est le double flux, avec des pertes minimes, de l’ordre de 10%. Et pourquoi se limiter à l’air ? Une bonne partie des calories de la cuisine et de la salle de bain emprunte des canalisations et ensuite des égouts. Les égouts ont tiré les premiers : des pompes à chaleur ont été posées sur les eaux usées, et l’énergie récupérée. Et maintenant, c’est au niveau des immeubles, pourvu qu’ils soient assez grands pour justifier l’investissement. L’eau usée préchauffe l’eau rentrante. Bonne idée, parce que si l’on a réduit le besoin de chauffage, celui d’eau chaude sanitaire ne baisse pas, loin s’en faut. Il faut donc être plus performant pour la produire.
Et puis l’imagination de débride. L’exemple de calories des égouts donne des idées. Il y a beaucoup d’air chaud dans la ville, c'est-à-dire plus chaud que l’air ambiant. Il y a de la récupération à faire, avec des pompes à chaleur. Dans les pays scandinaves, on a pensé à l’air des gares. Pourquoi ne pas y puiser la chaleur pour la transférer aux bureaux voisins ? Très vite, ce sont les parkings qui ont été aussi visés. Certains équipements consomment beaucoup d’énergie pour se refroidir. On va en profiter pour chauffer autour d’eux. Internet et les communications modernes ont d’énormes besoins de centres de calcul, les « data centers », qui doivent évacuer quantité de calories. Une aubaine à exploiter, à condition de mettre en rapport la production et la consommation de chaleur. C’est l’esprit de parc industriels qui se manifeste ainsi, regrouper dans un périmètre rapproché des activités qui se complètent, les rejets (ici, la chaleur) des uns devenant les ressources des autres.
Le gris est devenu la couleur à la mode, dans le monde de l’énergie. Une énergie d’occasion, pourrait-on dire, ou recyclée, si possible plusieurs fois. L’idée est séduisante, mais il y a des conditions à remplir. L’énergie est fluide, elle ne reste pas au même endroit, elle file, si vous ne l’utilisez pas. Le contraire de ce qu’affichait une pile célèbre dans sa publicité : elle ne s’use que si on ne s’en sert pas. Ajoutons qu’elle ne voyage pas non plus, et qu’elle doit trouver son usage tout près du lieu d’où elle est extraite. La valorisation de l’énergie grise doit être envisagée très en amont des projets. L’organisation urbaine comme celle des constructions, l’équilibre entre activités et habitat, autant de paramètres déterminants pour la réussite de cette récupération.

 

Mots-clés: facteur 4, énergie, climat, territoire

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  • Invité - Yves Poss

    À propos de récupération de l'énergie des eaux usées, la 4ème Conférence Internationale sur la Gestion de l’Eau en Montagne.


    Élus locaux, acteurs économiques, gestionnaires, responsables associatifs, scientifiques de tous les pays de l’Arc alpin, de France, de Suisse, d’Italie et de toute l’Europe, vous êtes invités à vous réunir et nous rejoindre à Megève pour échanger, débattre et promouvoir des solutions visant à transformer les contraintes sur les ressources en eau liées au réchauffement du climat et aux autres grands changements globaux... en véritable atout pour la montagne de demain !




    Anticiper les conséquences du changement climatique :
    En montagne plus qu’ailleurs !

    Lors des trois précédentes conférences de Megève en 2002, 2006 et 2010, une alerte avait déjà été lancée sur la nécessité d’adopter des stratégies d’adaptation face aux effets du réchauffement du climat sur les ressources en eau.
    Aujourd’hui, la communauté scientifique confirme la réalité du réchauffement climatique et s’accorde sur le fait que la préservation de la ressource en eau est fortement liée à l’aménagement des territoires montagnards.
    La température moyenne des Alpes a augmenté en un siècle de plus du double du réchauffement terrestre global : Les modèles y projettent une augmentation de température d’ici à 2100 comprise entre + 2,6 et + 3,9°C.
    Alors qu’ils ont déjà perdu entre 20 et 30% de leur volume depuis 1980, les glaciers alpins pourraient encore régresser de 30 à 70 % de leur volume d’ici à 2050 et quasiment tous les plus petits d’entre eux auront alors disparu ! Les glaciers des Pyrénées ont perdu 80% de leur surface depuis 1850 et ceux des Alpes 40 % en moyenne.
    Avec le changement climatique, la forme (neige ou pluie) et la répartition saisonnière des précipitations seront aussi fortement modifiées en montagne.
    La gestion des hauts bassins versants,
    un enjeu pour les populations et l’économie... des plaines !

    Tous les grands fleuves européens, Ebre, Rhône, Pô, Rhin, Danube, Vistule... et leurs principaux affluents prennent leur source en montagne et ont un régime principalement nivo-glaciaire, dépendant fortement de l’enneigement et des glaciers. Les montagnes apportent aujourd’hui une contribution essentielle aux débits de tous ces grands fleuves :
    Elles jouent le rôle de « régulateurs ».
    Sous l’effet déjà très sensible du changement climatique en montagne, avec la diminution de l’enneigement et la fonte des glaciers, les régimes hydrauliques de tous ces grands fleuves sont en train de se modifier...
    Or, la régularité du débit de ces fleuves est déterminante pour l’alimentation en eau potable des populations de l’aval, et pour le développement économique des piémonts et des plaines : elle est indispensable à l’hydroélectricité, à la navigation fluviale, à l’irrigation, ou encore au refroidissement des centrales thermiques ou électronucléaires...
    La satisfaction des besoins en eau, à l’avenir et pour tous les usages, est donc l’affaire de tous de l’amont jusqu’à l’aval des fleuves ! Il est désormais indispensable d’agir vite, si l’on veut que les montagnes continuent à être « les châteaux d’eau du Monde ».
    Ce sont les petits torrents qui font les grands fleuves...
    Une stratégie à l’échelle des massifs.

    Aujourd’hui l’heure est venue de repenser la gestion des eaux et des sols de montagne en tenant compte, prioritairement, des contraintes stratégiques de l’approvisionnement en eau des populations et des économies des piémonts et des plaines en aval. La réflexion doit se baser sur les principes d'une solidarité de bassin et une meilleure prise en compte des services rendus par les écosystèmes montagnards : Conservation et stockage des ressources en eau, aménagement des versants pour retenir l’eau, gestion du couvert végétal et forestier, protection des zones humides, zonages de protection, réduction de l’imperméabilisation des sols... Les nouvelles politiques d’aménagement du territoire doivent concourir, sous forme d’actions souvent très locales mais coordonnées, à optimiser les réserves d’eau disponibles et prévenir les risques naturels.

    Parce que c’est la somme de petites actions locales en montagne qui sera déterminante pour une gestion cohérente de l’ensemble des bassins versants : encourageons et valorisons les bonnes pratiques !
    De bonnes pratiques existent déjà :
    Mettons-les vite en application !

    Beaucoup de mesures efficaces ont déjà été expérimentées avec succès ; la conférence de Megève permettra de les présenter et d’étudier les moyens de leur généralisation sur tout le territoire montagnard.
    La gestion des eaux pluviales et le contrôle de l’imperméabilisation des sols, dans le cadre d'une politique globale d’aménagement à l’échelle des bassins versants, ont fait leurs preuves dans de nombreux territoires sujets aux inondations et apparaissent décisifs pour la protection contre les risques dans les agglomérations de piémont.

    La protection des zones humides sur les domaines skiables et les alpages est désormais conciliable avec le développement des pratiques touristiques et agricoles et satisfait à la fois, les acteurs économiques et les gestionnaires de milieux naturels.


    Exemple de restauration hydraulique de tourbières sur pistes de ski aux Gets
    Le damage approprié des pistes de ski, permet d’allonger la saison touristique tout en assurant la rétention d’eau en altitude pour contribuer à la régulation des débits au printemps.

    Le développement de la micro-électricité sur les réseaux d’eau potable et d’eaux usées des stations apparait comme une alternative, sans compromettre la continuité écologique des cours d’eau.

    Des pratiques concertées d’agro-sylvo-pastoralisme permettent une meilleure rétention de la ressource en eau et la protection des captages d’eau potable...


    Transformons les contraintes en atouts !

    Cette 4ème conférence internationale de Megève sera une exceptionnelle opportunité de sensibiliser tous les acteurs sur ces enjeux considérables et encore mal appréhendés, de relayer tous ces exemples de bonnes pratiques, et bien d’autres, et de donner la parole aux montagnards qui souhaitent participer activement au développement durable de leurs territoires, tout en préservant leurs ressources naturelles au bénéfice de tous.

    Toutes les informations et inscriptions en ligne sur :
    www.egem2014.org">www.egem2014.org




    CONTACTS

    Aude SOUREILLAT
    Coordinatrice des Etats généraux de l'eau en montagne
    aude.soureillat@asters.asso.fr
    04 50 66 91 95








    4ème Conférence Internationale sur la Gestion de l’Eau en Montagne.


    Élus locaux, acteurs économiques, gestionnaires, responsables associatifs, scientifiques de tous les pays de l’Arc alpin, de France, de Suisse, d’Italie et de toute l’Europe, vous êtes invités à vous réunir et nous rejoindre à Megève pour échanger, débattre et promouvoir des solutions visant à transformer les contraintes sur les ressources en eau liées au réchauffement du climat et aux autres grands changements globaux... en véritable atout pour la montagne de demain !




    Anticiper les conséquences du changement climatique :
    En montagne plus qu’ailleurs !

    Lors des trois précédentes conférences de Megève en 2002, 2006 et 2010, une alerte avait déjà été lancée sur la nécessité d’adopter des stratégies d’adaptation face aux effets du réchauffement du climat sur les ressources en eau.
    Aujourd’hui, la communauté scientifique confirme la réalité du réchauffement climatique et s’accorde sur le fait que la préservation de la ressource en eau est fortement liée à l’aménagement des territoires montagnards.
    La température moyenne des Alpes a augmenté en un siècle de plus du double du réchauffement terrestre global : Les modèles y projettent une augmentation de température d’ici à 2100 comprise entre + 2,6 et + 3,9°C.
    Alors qu’ils ont déjà perdu entre 20 et 30% de leur volume depuis 1980, les glaciers alpins pourraient encore régresser de 30 à 70 % de leur volume d’ici à 2050 et quasiment tous les plus petits d’entre eux auront alors disparu ! Les glaciers des Pyrénées ont perdu 80% de leur surface depuis 1850 et ceux des Alpes 40 % en moyenne.
    Avec le changement climatique, la forme (neige ou pluie) et la répartition saisonnière des précipitations seront aussi fortement modifiées en montagne.
    La gestion des hauts bassins versants,
    un enjeu pour les populations et l’économie... des plaines !

    Tous les grands fleuves européens, Ebre, Rhône, Pô, Rhin, Danube, Vistule... et leurs principaux affluents prennent leur source en montagne et ont un régime principalement nivo-glaciaire, dépendant fortement de l’enneigement et des glaciers. Les montagnes apportent aujourd’hui une contribution essentielle aux débits de tous ces grands fleuves :
    Elles jouent le rôle de « régulateurs ».
    Sous l’effet déjà très sensible du changement climatique en montagne, avec la diminution de l’enneigement et la fonte des glaciers, les régimes hydrauliques de tous ces grands fleuves sont en train de se modifier...
    Or, la régularité du débit de ces fleuves est déterminante pour l’alimentation en eau potable des populations de l’aval, et pour le développement économique des piémonts et des plaines : elle est indispensable à l’hydroélectricité, à la navigation fluviale, à l’irrigation, ou encore au refroidissement des centrales thermiques ou électronucléaires...
    La satisfaction des besoins en eau, à l’avenir et pour tous les usages, est donc l’affaire de tous de l’amont jusqu’à l’aval des fleuves ! Il est désormais indispensable d’agir vite, si l’on veut que les montagnes continuent à être « les châteaux d’eau du Monde ».
    Ce sont les petits torrents qui font les grands fleuves...
    Une stratégie à l’échelle des massifs.

    Aujourd’hui l’heure est venue de repenser la gestion des eaux et des sols de montagne en tenant compte, prioritairement, des contraintes stratégiques de l’approvisionnement en eau des populations et des économies des piémonts et des plaines en aval. La réflexion doit se baser sur les principes d'une solidarité de bassin et une meilleure prise en compte des services rendus par les écosystèmes montagnards : Conservation et stockage des ressources en eau, aménagement des versants pour retenir l’eau, gestion du couvert végétal et forestier, protection des zones humides, zonages de protection, réduction de l’imperméabilisation des sols... Les nouvelles politiques d’aménagement du territoire doivent concourir, sous forme d’actions souvent très locales mais coordonnées, à optimiser les réserves d’eau disponibles et prévenir les risques naturels.

    Parce que c’est la somme de petites actions locales en montagne qui sera déterminante pour une gestion cohérente de l’ensemble des bassins versants : encourageons et valorisons les bonnes pratiques !
    De bonnes pratiques existent déjà :
    Mettons-les vite en application !

    Beaucoup de mesures efficaces ont déjà été expérimentées avec succès ; la conférence de Megève permettra de les présenter et d’étudier les moyens de leur généralisation sur tout le territoire montagnard.
    La gestion des eaux pluviales et le contrôle de l’imperméabilisation des sols, dans le cadre d'une politique globale d’aménagement à l’échelle des bassins versants, ont fait leurs preuves dans de nombreux territoires sujets aux inondations et apparaissent décisifs pour la protection contre les risques dans les agglomérations de piémont.

    La protection des zones humides sur les domaines skiables et les alpages est désormais conciliable avec le développement des pratiques touristiques et agricoles et satisfait à la fois, les acteurs économiques et les gestionnaires de milieux naturels.


    Exemple de restauration hydraulique de tourbières sur pistes de ski aux Gets
    Le damage approprié des pistes de ski, permet d’allonger la saison touristique tout en assurant la rétention d’eau en altitude pour contribuer à la régulation des débits au printemps.

    Le développement de la micro-électricité sur les réseaux d’eau potable et d’eaux usées des stations apparait comme une alternative, sans compromettre la continuité écologique des cours d’eau.

    Des pratiques concertées d’agro-sylvo-pastoralisme permettent une meilleure rétention de la ressource en eau et la protection des captages d’eau potable...


    Transformons les contraintes en atouts !

    Cette 4ème conférence internationale de Megève sera une exceptionnelle opportunité de sensibiliser tous les acteurs sur ces enjeux considérables et encore mal appréhendés, de relayer tous ces exemples de bonnes pratiques, et bien d’autres, et de donner la parole aux montagnards qui souhaitent participer activement au développement durable de leurs territoires, tout en préservant leurs ressources naturelles au bénéfice de tous.

    Toutes les informations et inscriptions en ligne sur :
    www.egem2014.org">www.egem2014.org




    CONTACTS

    Aude SOUREILLAT
    Coordinatrice des Etats généraux de l'eau en montagne
    aude.soureillat@asters.asso.fr
    04 50 66 91 95





    À propos d'énergie dans les eaux usées, la 4e Convention de gestion de l'eau en montagne ( Megève, 8, 9 et 10 octobre 2014) prévoit d'aborder l'installation de microcentrales dans les égouts.
    Il y a convergence avec votre propos: récupérer l'énergie, qu'elle soit mécanique ou thermique, dans toute la mesure du possible, où qu'elle se dissipe...

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