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Réensauvager les territoires

Guillaume Porcheron
© Editions du Moniteur

Reensauvager les territoires

« Et si l’aménagement était la variable d’ajustement de l’environnement et non l’inverse ? » résume bien l’esprit de l’ouvrage. Aller au-delà d’une approche défensive, où il est d’usage d’aménager en tentant de ménager l’environnement, avec l’idée implicite que « le laisser faire serait donc contraire à la notion d’aménagement ». L’auteur constate que les espaces naturels sont « rarement envisagés comme des espaces de développement ». Faudrait-il considérer le sauvage comme un « équipement » pour qu’il ait droit de cité ?


Il s’agit donc de retourner un mode de penser bien établi, et de mettre le « sauvage » au cœur des stratégies d’aménagement, à toutes les échelles, sur de grands territoires comme dans des « pastilles » réparties dans les villes. Attention : le réensauvagement n’est pas la « conservation » de la nature. Celle-ci, fort utile au demeurant, suppose une intervention humaine pour privilégier certaines caractéristiques d’un territoire, une prairie calcicole à protéger d’une extension forestière par exemple. Le réensauvagement consiste à laisser faire la nature, sans intervention humaine ou presque. Plusieurs conceptions du concept ont donné naissance à plusieurs écoles, mais l’essentiel est leur aspect minimaliste, moins l’humain se manifeste, plus le sauvage trouve sa place. Dans nos contrées fortement marquées par la présence humaine et les transformations qui en résultent, certains travaux sont parfois nécessaires, mais le moins est le mieux au départ, avec zéro gestion ensuite. En zone dense, une attention pourra être apportée aux pourtours, pour éviter le sentiment d’abandon que pourrait éprouver les habitués qui côtoient les espaces sauvages. Nos mentalités, formatées à partir d’une nature organisée, domestiquée, ont du mal à intégrer le sauvage, dont l’intérêt se manifeste souvent dans un temps long. Notre « vision anthropique du vivant » nous enferme aisément dans un univers figé dont il convient de s’extraire.
Le réensauvagement se produit déjà, spontanément ou dans de petits espaces, d’initiatives publiques ou privées. Comment aller plus loin ?
Guillaume Porcheron propose de définir formellement le réensauvagement, en pensant aux procédures qui faciliteraient l’extension. On peut en discuter, le risque étant de figer une approche particulière, là où les mentalités évoluent rapidement, et où les cultures régionales diffèrent. Il faut surtout prendre conscience de l’intérêt du sauvage. La biodiversité est devenue un sujet reconnu, et l’auteur nous en fait un résumé succinct, voire un argumentaire. Il s’agit ensuite de passer aux actes, avec les aspects juridiques et les procédures, des méthodes, des instruments. Le concept d’espèces « clés de voûte » éclaire le choix des rares interventions humaines. Des espèces dont la présence assure un équilibre d’ensemble, comme des prédateurs qui régulent les populations animales et par ricochet végétales. Une large partie de l’ouvrage nous décrit les instruments juridiques, qui peuvent être utilisées dès maintenant. Les codes de l’environnement et de l’urbanisme nous en offrent une bonne palette, encore faut-il en faire une bonne interprétation. Le volume de réensauvagement en France serait de 90 000 à 150 000 hectares, à partir de déprise agricole comme de friches industrielles, ou encore de portions d’espaces verts en zone dense qui pourraient lui être consacrées. Un beau programme qui conforte la politique de trame verte et bleue, en ville et à la campagne. La position de la France hexagonale, bénéficiant d’influences atlantiques, continentales, alpines et méditerranéennes, est particulièrement favorable à la biodiversité, à condition de la respecter. « Réensauvager les territoires », c’est bénéficier d’un atout souvent négligé.

 

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