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L’économie désirable

Sortir du monde thermo-fossile
Pierre Veltz
© Editions du Seuil et La République des Idées, 2021


C’est une réorganisation profonde de nos sociétés et de nos économies que Pierre Veltz nous propose. Un livre « qui ouvre des perspectives ».
Le constat est bien connu : continuer comme avant nous mène à la catastrophe, arrêter n’est pas socialement envisageable, il faut donc trouver des « trajectoires de changement ». L’auteur nous l’assure : « Les issues seront multiples, expérimentales, chaotiques sans doute par moment ». Quatre positions de départ pour la recherche de « l’économie désirable » : « Il faut composer avec le monde tel qu’il est », « il existe des marges de manœuvre », « il est crucial de retrouver une perspective positive, de construire le récit d’une économie désirable », « il faut sortir de l’illusion selon laquelle l’accélération de la transition serait d’abord une affaire de moyens et de volonté politique pour dégager ces moyens ».


La transformation proposée sur ces bases porte un nom, « l’économie humano-centrée ». Notre contribution à l’effet de serre dépend pour un quart de nos comportements, le restant relevant de l’organisation de l’espace et du temps (notamment l’aménagement du territoire), et de la nature même de nos activités. Pas de progrès véritable sans revoir nos choix dans ces domaines, et la proposition de fonder notre croissance future sur une « économie centrée sur les individus, le développement de leurs capacités, des liens qui les unissent et des milieux de vie permettant leur épanouissement ». Certes, la recherche d’une meilleure efficacité dans les processus de production est bonne à prendre, mais l’effet rebond et la propension à complexifier à l’infini les produits compromettent une bonne part des gains potentiels de cette forme de progrès. Le « discernement technologique » a du mal à s’imposer.
Le champ de « l’économie de l’individu » est étendu. Il s’agit de la santé, de l’éducation, des loisirs, de la sécurité, de la mobilité. Pierre Veltz passe en revue ces différents secteurs, avec un accent particulier sur la santé, notamment sa dimension industrielle. L’économie humano-centrée fait implicitement référence à la proximité, donc à l’organisation de nos territoires et des relations sociales : interdépendances, localisme, métropoles et mobilités font l’objet de développements en liaison avec l’économie de l’individu. Pierre Veltz fait le pari que cette orientation permettra de rendre la sobriété attractive, car orientée vers des besoins ressentis profondément.
Une telle transformation ne peut s’opérer sans un chef d’orchestre, une orientation déterminée portée par une autorité forte. Le rôle de l’Etat est ainsi remis en perspective, se son organisation et de ses moyens d’action. « Les Etats (…) doivent reprendre la main : développer des programmes de recherche publics à la hauteur des défis ; fixer des perspectives stratégiques cohérentes, par exemple en matière énergétique ; mettre en place les grandes infrastructures physiques et normatives ; et bien sûr veiller à l’équilibre entre objectifs sociaux et économiques, et à l’accompagnement social des mutations ». Le tout en laissant « une grande place à la créativité des communautés locales et professionnelles ». Nouvelle économie, mais aussi nouvel Etat en perspective, avec l’humain au centre de la réflexion. Au-delà d’une économie désirable, une société désirable. Une bonne lecture tout particulièrement en cette période électorale !
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