Progrès et Innovation

Rigueur

Le développement durable fait bon ménage avec la rigueur, non pas l'austérité mais la discipline de pensée, qui conditionne la justesse des raisonnements.

Un mot qui fait un peu Peur, qui invite à première vue à se serrer la ceinture, et qui est souvent confondu avec austérité. Cette confusion est le fruit d’un malentendu, et renvoie sans Doute à notre histoire. Rigueur doit être rapproché d’autres concepts, plus positifs, comme sérieux, exact, éthique, responsable.


Il n’y a pas si longtemps, les sociétés occidentales vivaient à l’économie. Quand on manque de beaucoup de choses, on fait attention. On évite de gaspiller, on est prévoyant. On sait utiliser les Restes, mais aussi faire les bons Calculs pour qu’il n’y ait pas de restes.

La société d’Abondance, dont l’avènement a été porté par les trente glorieuses, a balayé tous ces préceptes, renvoyés aux rayons des vieilleries, des rabat-joie, des empêcheurs de consommer en rond. Au diable l’Avarice, consommons gaiement, c’est bon et ça fait tourner l’économie. Le mot rigueur est devenu rétrograde, voire grossier. Les Politiques de rigueur, menées par des gouvernements, l’ont toutes été pour effacer les conséquences des faiblesses et des errements des gouvernements précédents, dont l’incurie est bien connue. Elles ne pouvaient n’être que provisoires, le  Temps d’une remise à niveau. Pas question d’en faire une règle de bon gouvernement.

Nous savons aujourd’hui que l’abondance n’est pas une donnée, un don du ciel, mais le fruit d’une politique de sagesse. A Défaut, ce n’est qu’une Illusion, un leurre, le contraire du durable. Il faut retrouver des comportements plus cohérents.

Il ne faut pas pour autant idéaliser le mode de vie de nos ancêtres. Leur sort n’était pas enviable. Privations, épreuves douloureuses telles que la guerre, les maladies, les famines endémiques ou ravageuses, étaient fréquentes. Pour que les sociétés, toujours fragiles, puissent survivre, la cohésion était la Loi, et avec elle un contrôle social rigoureux, et des droits individuels bien faibles par rapport aux pressions que le groupe exerçait pour que chacun tienne la place qui lui était attribuée. Le retour au Passé est manifestement une régression, et n’est sûrement pas durable. 

Doit-on en abandonner aussi les Valeurs, et notamment cette rigueur, qui permet d’avancer prudemment, selon une Démarche de responsabilité, dans un monde dont nous savons qu’il n’est pas infini, où la pénurie frappe des millions de personnes avec un cortège de malheurs que la télévision nous montre régulièrement ?

La référence à la rigueur, comme manière de gérer nos biens, nos patrimoines matériels, naturels et culturels, nos ressources, n’est pas une régression, mais une réponse aux exigences de la modernité.

Il faut pour cela surmonter la difficulté provenant du mélange des sens des mots rigueur et austérité. C’est un défi en matière de communication et de gouvernance, surtout quand on sait que pour beaucoup, l’abondance est toute récente, que c’était le but de toute leur vie, qu’ils ont accepté pour y parvenir de nombreux sacrifices, que c’était le sens de leur vie.

Tout comme la rigueur, il ne faut pas abandonner l’abondance, mais peut-on lui donner un autre sens, un autre contenu, plus durable celui-là ? Faire en sorte que l’abondance pour l’individu contienne celle pour le groupe, intègre son maintien dans la durée, soit mesurée à l’aune des besoins véritables, et ne soit plus synonyme de gaspillage.

La rigueur est une affaire simple, et l’observation des opérations de toutes natures montre souvent qu’elle est la Condition d’un succès durable. C’est se poser les questions avant d’apporter des réponses, alors que l’on est tellement tenté de proposer une solution sans s’être donné la peine de bien comprendre le problème. La rigueur c’est la modestie devant les évènements, l’intuition parfois créatrice ne devant pas s’affranchir du devoir d’Ecoute et d’Analyse.

La rigueur, c’est accepter l’évaluation, non comme une sanction mais comme une manière de voir si les Choix que l’on a faits sont les bons, si l’on progresse réellement dans les directions que l’on s’est données. C’est la condition du Progrès.

 

Chronique publiée le 11 janvier 2007, revue le 10 mai 2010

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