Progrès et Innovation

Pot

Il est courant d'hésiter avant de choisir un changement profond, même si celui-ci semble riche d'espoirs. Et on tourne autour du pot !

Evacuons tout de suite les sourds et les dessous-de-table, la chance et la poule au pot, qui a fait le Bonheur des sujets du bon roi Henri et le désespoir des basses-cours. Il s’agit ici de la célèbre expression selon laquelle nous tournons autour du pot.

Attitude fréquente, quand on hésite, quand on ne sait pas par où prendre le bébé. Attitude bien compréhensible quand l’objet de l’hésitation est déterminant, quand il pèse lourd dans l’organisation d’une société, voire sa vocation, sa raison d’être. Alors on tergiverse, on retarde le début des transformations – encore un instant, Monsieur le bourreau -, et surtout on applique ces dernières à des éléments marginaux. On tourne autour du pot.
Le passage à l’heure du développement durable est toujours inquiétant, comme tout changement. Même si des perspectives riantes se profilent, il va falloir convaincre un tas de gens, abandonner le confort de vieilles Habitudes, trouver un nouvel équilibre. Commençons donc par des affaires secondaires, qui ne remettent pas en cause les fondements de l’organisme dont vous avez la charge. Prenez l’exemple de feu le ministère de l’Equipement, dont une des tâches essentielle a été pendant des années de construire des Routes. En dehors de quelques Exceptions louables, le développement durable est entré avec le papier recyclé. Les Achats de fournitures, pour la vie Quotidienne d’un service, voilà comment le développement durable a montré le bout de son nez. Extension rapide au parc automobile, à bien entretenir, avec des véhicules économes et peu polluants ; aux bâtiments, HQE pour les neufs, et à isoler pour les anciens. Bref les volets fonctionnels, avec des aspects techniques, et d’autres, à suivre, comportementaux, comme les plans de déplacement d’administration. Tout ça est très bien, y compris le bilan Carbone de tel ou tel service, mais ça ne touche pas trop au cœur de métier, les routes.
Des gros efforts ont été réalisés pour les concevoir et les construire dans le respect de l’environnement. Les études d’impact sur l’environnement sont de mieux en mieux faites, on, va même profiter de la Création d’une autoroute pour mettre en place des observatoires de la faune sauvage, ou constituer des réserves naturelles sur des délaissés ou d’anciennes carrières. Mais ça ne nous dit pas si la route est la bonne réponse, si la question, d’ailleurs, est bien posée. La mobilité, pour quoi faire, comment l’assurer dans les meilleurs conditions dans un contexte donné. Le cœur du métier, la raison d’être des services ayant été fondés sur une technique plutôt que sur un besoin, la remise en cause est difficile, et on préfère tourner autour du pot.
L’exemple de la route peut être étendu à bien d’autres services. On parle aujourd’hui d’administration éco responsable, avec des indicateurs, des Bonus et des malus, pour encourager la nécessaire mutation, et la piloter. La maîtrise de ses consommations et de son patrimoine, les bonnes pratiques, tout ça est très bien, c’est de la bonne gestion. Merci au développement durable de nous y conduire, il fallait le faire. Mais ça ne nous dit pas grand-chose sur le bien-fondé des Politiques suivies, des mesures retenues pour développer l’action de l’Etat dans des champs aussi divers que la Santé, l’Agriculture, la justice, etc. Or c’est bien là que sont les véritables enjeux de développement durable.
Il ne faut pas bouder notre Plaisir de voir ces améliorations fonctionnelles se mettre en place, même si elles peuvent paraître marginales. C’est souvent une phase incontournable, un apprentissage, un Tour de chauffe avant d’entrer dans le vif su sujet. Les gains environnementaux, sociaux et économiques à en tirer ne sont pas négligeables. L’expérience montre souvent que la Dynamique peut être enclenchée par ce type d’approche.
Un exemple intéressant nous est donné par le CHU de Bordeaux(1), aujourd’hui doté d’un agenda 21 ambitieux, et intégré à la vie locale. Le point de départ est la mobilité des 14 000 salariés du CHU, qui parcourent 75 millions de Kilomètres par an. Un plan de déplacement d’entreprise permet à chacun d’entrer dans une Démarche concrète, avec des effets bien visibles. Plus de 71% des déplacements en voiture au départ, 59% en 2010, objectif de passer rapidement à moins de 50%. Concertation au sein des différents sites du CHU, mais aussi avec des partenaires externes, collectivités, opérateurs de transport, autres établissements. Une première initiative qui en a provoqué bien d’autres sur la Qualité de vie au Travail, étendues aux relations avec les usagers du CHU et avec ses fournisseurs. L’attention portée aux patients change progressivement de nature, et s’étend à l’éducation à la santé, la prévention. Le cœur de métier, la santé, est ainsi progressivement abordé, à partir de considérations que l’on pouvait considérer comme extérieures, comme les déplacements. L’hygiène est bien sûr directement concernée, mais certaines pratiques médicales sont aussi touchées. La radiographie au lit, notamment, fait l’objet d’une initiative pour assurer au patient une meilleure radioprotection, mieux responsabiliser le professionnel, diminuer le risque d’accident et la pénibilité du travail, améliorer l’efficience économique et financière. On commence à entrer dans le vif du sujet, la pratique médicale.
A force de tourner autour du pot, on finit par mieux appréhender les enjeux. De proche en proche, avec des premiers résultats engrangés, chacun donne un sens concret au développement durable, et peut y adhérer. La dynamique est créée. On peut parfois s’en passer, et aller Droit au but, mais ne négligeons pas les petites portes, elles permettent souvent de conquérir dans les grandes citadelles.

1 - www.chu-bordeaux.fr


 Chronique mise en ligne le 16 mai 2011

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