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Aval

 

Le prix modéré du pétrole est une bonne nouvelle. Un prix qui reste encore bien au-dessus de ce qu’il a été, mais nettement en dessous des sommets atteints et maintenus ces dernières années. Une bonne nouvelle pour l’écologie et le climat. 

Ce prix modéré, aux alentours de 50 dollars le baril, pourrait bien dissuader de nombreux opérateurs d’aller chercher du pétrole dans des conditions défavorables. Basse teneur ou conditions extrêmes.

A l’époque où l’on cherche comment capter et stocker le carbone dans des couches géologiques appropriées, il est effet paradoxal de s’évertuer à aller en chercher à tout prix, non conventionnel ou sous les glaciers par exemple.
La hausse du prix avait provoqué quelques espoirs pour la lutte contre le dérèglement climatique : les énergies renouvelables pourraient devenir compétitives plus tôt que prévu, selon leur « courbe d’apprentissage ». Mais c’est un autre phénomène qui a eu lieu, la mise sur le marché d’un carbone fossile jusqu’alors inexploitable, comme les fameux sables bitumineux. Il en est résulté un éloignement du « peak oil », avec l’ouverture de nouvelles réserves. La hausse du prix du pétrole n’est pas la bonne réponse pour maîtriser, la production d’hydrocarbures.
Cet épisode a permis de prendre conscience d’un fait important. Nos réserves d’énergie carbonée sont énormes. Elles sont enfouies dans le sol, et leur volume s’accroit selon le cours, et il ne faut pas compter sur la sagesse humaine pour en arrêter l’exploitation. La concurrence entre les opérateurs conduit mécaniquement à l’ajout des ressources et non à leur substitution, comme il a pu être avancé. Pour notre plus grand malheur climatique.
Notre attention est portée, par notre culture, sur la ressource, alors que le vrai problème, le « facteur limitant » porte sur les rejets. En matière d’environnement, ce n’est pas l’amont du carbone qui pose problème, mais l’aval. Il ne faut pas craindre la pénurie, mais le dérèglement climatique. C’est là qu’est le danger, et les mécanismes économiques traditionnels, le marché, ne s’y appliquent guère pour l’instant. Les efforts pour établir un marché sur les émissions sont restés jusqu’à présent bien insuffisants. Il faut dire que c’était un défi que de créer un marché de cette nature, que nos économistes se sont retrouvés face à des problèmes nouveaux, et à des oppositions multiples qui ont freiné la recherche de solutions, sans parler des fautes de communication avec le terme « droits à polluer ».
Puisque c’est le rejet qui constitue le facteur imitant, générateur d’un phénomène de rareté, c’est bien là qu’il faut trouver des mécanismes économiques capables de provoquer une régulation parmi les nombreux acteurs. Au prix « amont », de la ressource, qui intègre le coût de l’extraction et du traitement, s’ajoute le prix « aval », celui des conséquences du rejet, ou des mesures prises pour réduire ces conséquences. Cette notion de prix aval est classique pour d’autres types de rejets, rejets dans l’eau avec des taxes prélevées en France par les agences de l’eau pour financer la dépollution et la gestion de la ressource, et rejets de déchets, avec des taxes ou redevances pour le traitement desdits déchets, et inciter à l’innovation pour en réduire le volume ou la toxicité, ou encore pour les transformer en ressources. La notion de prix « aval » a fait ses preuves.
La baisse du prix amont ouvre une opportunité pour créer le prix aval. Nous serions alors dans une logique de « cycle de vie », intégrant tous les coûts. La vérité des prix ne serait plus un slogan. Le prix « aval » dont les différentes formes de « taxes carbone » sont des amorces, ne peut se créer dans une période de pétrole cher. La « facture énergétique » des ménages et des entreprises serait trop élevée. A long terme, le but est de maintenir ladite facture à un même niveau, en compensant la hausse des prix par une baisse des volumes consommés, grâce un une meilleurs efficacité énergétique. L’électricité en Allemagne est sensiblement plus chère qu’en France, mais les ménages allemands ne consacrent pas plus d’argent pour l’électricité que leurs homologues français, du fait d’une meilleure qualité de leurs logements.
Les équilibres en la matière ne changent que lentement, du fait de l’inertie qui caractérise le parc immobilier. Il en est de même pour la mobilité, grosse consommatrice d’énergie, mais qui ne peut s’améliorer sans un délai d’adaptation, et pour la production industrielle, où les techniques de fabrication progressent à l’occasion de renouvellement des process et des machines. A court terme, l’insertion d’une composante supplémentaire dans le prix de l’énergie ne peut se faire sans la baisse sensible d’une autre composante, de manière à maintenir le total à un niveau socialement et économiquement acceptable.
C’est donc maintenant, avec en perspective la conférence de Paris de décembre prochain, qu’il faut faire l’effort. C’est maintenant qu’il faut imaginer, avec l’expérience déjà accumulée dans ce domaine, des mécanismes financiers pour prendre en compte le coût de l’aval, de les effets de la consommation de carbone. Les énergies renouvelables non carbonées y trouveront d’ailleurs un avantage compétitif durable.
Economistes et banquiers de tous les pays, unissez-vous ! C’est le moment d’innover, les conditions sont favorables. Entrez dans l’histoire !

 

 

Mots-clés: ressources, énergie, climat, carbone

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