Gouvernance

Transversal

transversalVous connaissez la formule : « Tout est dans tout… et réciproquement ». Une plaisanterie, bien sûr, mais aussi un rappel de la complexité des choses, de leurs multiples interactions. Un regard transversal est nécessaire pour conduire des politiques efficaces.

Prenons un exemple : la santé. Tout le monde s’inquiète de la croissance irrésistible des dépenses de santé. Ce n’est pas nouveau. Il fut un temps où l’on a cru bon de limiter le nombre de médecins pour contenir cette progression. On en voit les résultats aujourd’hui, avec l’inertie qui caractérise ce genre de phénomène : non seulement les médecins manquent, mais il faudra du temps pour remonter la pente, car leur formation est longue, et le potentiel de formation réduit en conséquence du numérus clausus.
Les dépenses de santé ont plusieurs origines. Certaines sont heureuses, comme le vieillissement de la population et le maintien en vie de personnes très fragiles dès leur naissance. Une autre part ressortit au mode de vie et de travail. Stress, rythme trépidant, sédentarisation, pressions de toutes natures, bruit des transports et au travail, etc.
L’environnement est au cœur du sujet. La pollution de l’air en est un bon exemple, même si elle est en régression sur certains points, comme la pollution d’origine industrielle et celle due au plomb depuis l’abandon de cet additif dans l’essence. Mais de nouvelles substances dangereuses ont vu le jour ou se sont développées, les particules sont devenues ultrafines et pénètrent profondément dans les organismes. La pollution de l’air intérieur également n’est plus ce qu’elle était. Autrefois produite par la combustion des foyers domestiques, elle provient aujourd’hui des revêtements de sols, des peintures, des colles, des fibres, d’une hyper-isolation mal conçue. La précarité énergétique aggrave le phénomène en conduisant les familles à colmater toutes les sources d’air frais.
Autre paramètre touchant à la santé : l’alimentation. L’ancienne n’était pas toujours bonne pour la santé, avec des conditions de production et de conservation précaires ( 1), mais le problème a changé de nature. C’est l’obésité qui provoque des dépenses de santé, fille de mauvaises pratiques alimentaires.
Réduire les dépenses de santé, c’est donc s’attaquer à de multiples aspects de notre vie quotidienne, logement, alimentation, conditions de travail, moyens de transport, etc. Notre santé dépend à 80% de facteurs d’environnement.
Ceux-ci sont eux-mêmes dépendants de bien d’autres domaines. L’agriculture, la pêche et la forêt, bien sûr, au plus près des sols, de l’eau, des espèces animales et végétales. Le logement et la construction en général, qui utilisent de nombreuses ressources naturelles tant pour leur création que pour leur fonctionnement et leur approvisionnement tout au long de leur vie. L’urbanisme qui détermine l’utilisation des sols et l’organisation physique des territoires, et les transports qui cloisonnent l’espace de nombreux axes routiers ou ferroviaires. L’éducation pour donner à chacun les repères essentiels pour évaluer les conséquences de ses choix pour l’environnement. Le tourisme qui entraîne parfois une sur-fréquentation de sites sensibles, etc. La géopolitique, même, qui conduit les états et les entreprises multinationales à rechercher des ressources déjà trop abondantes pour se doter de leurs propres réserves et accroître leur part de marché. On le voit, l’environnement ne peut être géré isolément, il n’a de sens qu’intégré dans une approche transversale, confronté à des pratiques et des motivations variées.
Le problème est que la transversalité n’est pas facile. Il s’agit souvent de courir plusieurs lièvres à la fois, ce qui n’est pas conforme à la sagesse populaire. Elle conduit à des arbitrages douloureux quand on ne peut pas sortir « par le haut » d’une contradiction. Il faut des qualités d’écoute des autres, le goût du dialogue, l’envie de trouver ensemble des solutions inédites. Le développement durable, c’est l’intelligence à plusieurs.

1. Voir à ce sujet C'était mieux avant, de Michel Serres

Mots-clés: culture, mode de vie, progrès, état d'esprit

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé