Gouvernance

Répression

Changer les comportements est une des clés des politiques environnementales. La répression est souvent activée à cet effet. Mais comment faire pour que la répression soit « durable » ?

La répression est une des moyens d’obtenir des changements de comportement, ou de réduire le nombre ou la gravité d’évènements fâcheux, le cambriolage ou l’accident de la route. Une dérive serait toutefois de tout miser sur elle. Elle n’est qu’un instrument parmi d’autres dans une panoplie. Son efficacité instantanée a pu laisser penser qu’elle suffirait, mais elle présente des limites illustrées par les mauvais résultats de la Sécurité routière que nous observons aujourd’hui.
Le nombre de tués sur les routes a progressé deux années de suite, ce qui n’était jamais arrivé depuis 20 ans. Pourtant, la répression des comportements dangereux ne cesse de frapper les conducteurs imprudents.
La punition fait partie de l’arsenal éducatif. Il faut que les limites soient claires, et la punition est là pour marquer le coup, et imprimer dans les esprits l’intérêt à ne pas les franchir. La peur de la sanction est ainsi retenue pour « formater » les mentalités conformément à des valeurs sociales. Est-ce la bonne méthode ? Les spécialistes des comportements savent que nos décisions sont déterminées par de nombreux facteurs, pas toujours rationnels au sens où nous l’entendons, c’est-à-dire de ce qui est rationnel pour nous. Jadis, les voleurs exerçaient leurs talents dans les foules qui assistaient aux pendaisons de leurs confrères pris la main dans le sac…
La Sécurité routière développe une politique active de communication. Il faut modifier le comportement des automobilistes, responsable numéro 1 des accidents. Mais dans la pratique, les campagnes de communication ne visent pas en elles-mêmes le changement de comportement. La peur de l’accident, au cœur du message, ne fonctionne pas auprès d’une bonne partie des automobilistes, et précisément auprès du groupe le plus concerné, les jeunes conducteurs. En revanche, elle met en évidence un problème de société qui justifie une politique active de répression. C’est la peur du gendarme qui est ainsi chargée de la modification des comportements, la peur de la sanction. La communication n’a pas pour objectif de changer directement les comportements, mais de justifier la répression.
Il faut admettre que cette stratégie a marché. Le nombre des accidents et des tués sur la route a fortement baissé, et une part importante des automobilistes a changé de comportement. Mais n’atteint-on pas les limites de cette orientation ? La répression suppose un effort continu sur toutes nos routes, avec le secours d’auxiliaires techniques tels que les caméras et les radars. Dès qu’elle se relâche, le « naturel revient au galop ». Elle doit même montrer en permanence qu’elle se renouvelle, qu’elle progresse année après année. Et c’est cette nécessité de se renforcer régulièrement qui finit par poser problème. Jusqu’où aller dans cette course poursuite ?
La communication destinée à la modification directe des comportements ne peut pas être la même que celle qui justifie la répression. Elle ne joue pas sur les mêmes moteurs psychiques. Sans doute les résultats sont plus longs à obtenir, et quand il s’agit de vies humaines la solution efficace le plus rapidement se justifie, mais faut-il prolonger cette stratégie indéfiniment ? Heureusement, d’autres moyens sont mis en œuvre, notamment une sensibilisation précoce et une conduite accompagnée qui responsabilise très tôt les candidats à la conduite. Mais en termes de communication immédiate, en situation, pour renforcer et prolonger ces premières approches, nous ne voyons pas grand-chose qui valorise le bon comportement, de type « force tranquille », pour détourner un slogan qui eut du succès dans un autre domaine. Sans abandonner la communication « corporate », sur l’importance de la cause, présentée sous l’angle des dégâts provoqués, une action complémentaire sur le plaisir et les avantages d’une bonne conduite fait défaut. La difficulté à incorporer au fin fond de sa culture, comme un réflexe, les règles de prudence et de modération est la conséquence de cette lacune. Il faut aller au-delà de la répression.
Le parallèle avec l’environnement est instructif. La communication s’attache, là encore, à montrer les effets des mauvais gestes, la planète en danger, évènement grave s’il en est, mais sans aucune perspective réelle de sanction. La contradiction des messages est flagrante. L’heure est grave, mais vous pouvez continuer à mal vous comporter sans être inquiété, vous-mêmes et les grands de ce monde, comme les producteurs des équipements que vous utilisez chaque jour. La mortalité routière marque plus les esprits que celle par pollution, décalée dans le temps, mais tout aussi redoutable. Il y a aussi des morts dus à une délinquance environnementale, et des victimes qui en souffrent toute leur vie à l’instar des blessés de la route.
Dans ce domaine aussi, la communication doit être multiforme. D’un côté alerter sur les dangers, avec une dose de répression en cohérence avec les risques, et de l’autre une approche positive, comme les publicitaires savent faire, pour séduire les citoyens/consommateurs et leur donner envie de bien faire. Cette deuxième approche suppose aussi que « bien faire » soit clair et facile, et c’est sans doute là qu’il y a des efforts à faire.

Mots-clés: routes, facteur 4, comportement, communication

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