Gouvernance

Fardeau

 

Comment se répartir le fardeau ? Cette expression est souvent reprise dans les affaires internationales, qu’il s’agisse de migrations ou de changement climatique. Une manière de poser le problème, mais est-ce une manière durable ?

Voilà un mot qui devrait être exclu de l’univers écologique. Un mot qui pointe d’emblée la charge et soulève des obstacles. Le contraire de ce qu’il faut attendre pour lancer une dynamique. Et pourtant, il fait partie du vocabulaire officiel des négociations sur le climat, et il est maintes fois repris par les ONG. Faites vous-même votre malheur, pourrait-on dire.


Comment voulez-vous répartir un fardeau entre ceux qui sont responsables d’une situation et ceux qui se sentent victimes de ladite situation ? Le mot Fardeau renvoie au produit d’une politique du passé, menée par des puissances politiques et économiques qui nous semblent bien éloignées de nous et hors de notre contrôle, même en pays réputé « démocratique ». Il faut donc prendre en charge une dette, un passif qui s’est constitué sans en avoir été informé, sauf ces toutes dernières années, alors qu’il s’agit de phénomènes de grande inertie. Et que dire des pays du Sud, qui contribuent, bien sûr, au « fardeau », mais d’en d’infimes proportions et souvent en application de modèles ou de directives venus du Nord. Même la Chine présentée aujourd’hui comme un des grands pollueurs de la planète, ne l’est que parce qu’elle produit pour les consommateurs occidentaux. Le bilan carbone vu du côté Consommation ne donne pas les mêmes résultats que celui calculé côté Production.
Fardeau renvoie au passé, et aux conséquences de politiques menées depuis bien longtemps, depuis le début de la révolution industrielle pour ses prémisses. Il convient, à l’inverse, de se projeter vers le futur. Comment tirer profit de la situation que l’on observe aujourd’hui, voilà la vraie question à se poser, plutôt que de rechercher la clé de répartition d’un passif à assumer.
Les migrations et l’effet de serre offrent deux exemples des dérives où nous entraine le mot Fardeau.
Il faut contrôler les migrations à défaut de pouvoir y mettre un terme. Il faut bien, pour des raisons morales et humanitaires, se partager le fardeau, donc se répartir le flux des entrants, au besoin à l’aide de quotas. Le message implicite de ce raisonnement est que les migrations sont intrinsèquement une mauvaise chose, qu’elles nuisent à notre bonne santé économique, à l’emploi, à la protection sociale, etc. Nous ne les acceptons que par générosité, par philanthropie, parce que nous ne sommes pas des sauvages, mais il y a des limites. Nous  « ne pouvons accueillir toute la misère du monde ».
Les migrations ne sont un fardeau que si nous le décidons. Ce n’est pas une fatalité, et de nombreux économistes affirment au contraire qu’elles sont une chance et une source de prospérité économique. A l’ l’inverse, si nous luttons contre l’immigration par principe, par peur de l’étranger, nous nous mettons dans la pire des situations. Tout d’abord en dépensant beaucoup d’argent, d’énergie et d’agents de service public à lutter contre un phénomène qui reste inéluctable, et qui débordera tous les murs que nous pourrons ériger. Ensuite en dissuadant les meilleurs immigrants, les mieux formés, les plus compétents, de rester chez nous, et en opérant ainsi un tri contre-productif. En créant de fait une économie parallèle, avec du travail clandestin, néfaste à la fois pour les intéressés, les finances publiques et les entreprises. Enfin, mais vous trouverez sans doute d’autres raisons encore, parce qu’une telle attitude accentue la difficulté d’intégration des nouveaux arrivants, toujours suspects et en statut précaire. Certes l’immigration exige des efforts, tout comme la jeunesse en exige pour sa formation et l’apprentissage de la vie dans notre société, mais parlons d’investissement plutôt que de charge, car les bénéfices à venir sont réels. La politique à mener n’est pas l’élaboration de quotas, mais l’aide à l’accueil, à l’installation et à la formation des immigrés, qui seront ravis de participer à l’essor économique de leurs pays d’accueil. Nous avons bien accueilli en France, et dans des conditions peu glorieuses, un million de réfugiés d’Algérie sans que cela n’affecte notre croissance, bien au contraire. C’était en 1962, nous étions 20 millions de moins qu’aujourd’hui…
L’effet de serre est autre domaine où le fardeau sévit. L’effort à faire est considérable, il s’agit de corriger les erreurs du passé, la consommation sans modération d’énergies fossiles et d’autres composants produisant des gaz à effet de serre. Lutter contre l’effet de serre est hautement rentable, comme l’a montré notamment l’économiste anglais Nicholas Stern. C’est l’absence de lutte qui alourdit le fardeau, s’il en est un. Présenter l’enjeu comme la répartition d’un fardeau ne peut qu’être un obstacle à la recherche d’un accord. Il s’agit à l’inverse d’un pari sur l’avenir, de la recherche de nouveaux modes de développement, qui bénéficieront à toutes les nations, et en premier lieu à ceux qui se seront engagés. Ce n’est pas un fardeau, mais un investissement, des participations, au sens financier du terme, dans l’entreprise Monde. La récente évolution du discours sur l’agenda des solutions entre dans cette logique, mais le mot fardeau et son complément Contrainte, reste encore dans le paysage. Alors que ce serait si facile de parler d’aubaine !

 

 

 

Mots-clés: compétition, avenir, crise, discours

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