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Inégalité

Fièrement étalé aux frontons des bâtiments de la République, l’égalité est objet de débats, dans une société où la compétition est devenue la règle. Pourtant, la montée des inégalités freine la croissance économique. Comment conjuguer égalité et développement durable ?

Le double dividende est une des manières de rechercher la « durabilité ». Gagner deux fois, pour tout de suite et pour plus tard, ou sur deux plans complémentaires, alors qu’ils apparaissent a priori incompatibles.

C’est la définition même du développement durable, que l’on trouve dans le rapport fondateur de Mme Brundtland, satisfaire les besoins d’aujourd’hui (premier dividende) sans compromettre les chances des générations futures à satisfaire les leurs (deuxième dividende).
On a pu dire qu’il fallait « concilier » l’environnement et l’économie, ce qui suppose implicitement que leurs intérêts sont a priori contradictoires. Grave erreur de communication, car leurs intérêts sont en fait convergents, à condition d’intégrer tous les effets, positifs et négatifs, des choix retenus au nom d’une de ces deux dimensions, l’économie ou l’écologie. Il y a bien sûr des divergences d’intérêt, ici et là, comme il y en a entre plusieurs options de développement économique, et il est fréquent qu’elles ne soient qu’apparentes, et ne traduisent, tous comptes faits, que des difficultés d’évaluer des conséquences, dont certaines sont visibles immédiatement et comptabilisables, et d’autres tout aussi réelles mais décalées dans le temps et non réductibles à des chiffres. Le patrimoine diffus, naturel ou culturel, est souvent oublié, ce qui fausse les comptes.
Le double dividende est moins souvent évoqué avec la dimension sociale. Souvent, le discours oppose aussi le « social » et l’économique. Il faudrait savoir sacrifier le social si l’on veut obtenir de la croissance. C’est l’image du gâteau qui surgit alors. Avant de le partager, il vaut mieux l’avoir cuisiné le plus gros possible. La question de la répartition du gâteau, les parts que l’on découpe, est ainsi renvoyée à plus tard, et devient secondaire. Produisons d’abord, et on verra ensuite comment la richesse ainsi obtenue sera répartie. L’idée que l’on puisse viser les deux objectifs simultanément, produire plus et répartir équitablement les fruits de cette croissance, une forme de double dividende, est absente des débats.
De même que la dégradation du capital « nature » s’avère sur le long terme une faiblesse économique, il semble bien que le déficit social et l’accroissement des inégalités affectent aussi la croissance. N’y aurait-il pas un double dividende à aller chercher de ce côté ? Lutter contre les inégalités et doper la croissance, mais pas n’importe quelle croissance, celle du bien-être, dans l’esprit du « facteur 4 », deux fois plus de bien-être en consommant deux fois moins de ressources. Plusieurs voix s’élèvent aujourd’hui pour évoquer le binôme social/économie. La croissance économique serait favorisée par des mesures d’ordre social et la lutte contre les inégalités.
Parmi ces voix, celle de l’OCDE, qui présente ce double dividende sous le vocable de croissance inclusive (1), « fondée sur l’idée selon laquelle la croissance économique est importante mais pas suffisante pour générer une augmentation durable du bien-être, qui suppose un partage équitable des dividendes de la croissance entre individus et groupes sociaux ». Les économistes de l’OCDE relèvent que le ralentissement de la croissance économique des pays les plus riches est notamment une conséquence de la montée des inégalités. « Les écarts de revenu se creusent dans la plupart des pays de l'OCDE, y compris dans les pays où ils étaient traditionnellement faibles. Le revenu moyen des 10 % les plus riches de la population équivaut désormais à 9.5 fois celui des 10 % les plus pauvres en moyenne dans les pays de l'OCDE, alors qu’il était 7 fois supérieur seulement il y a 25 ans. En Allemagne, en Norvège et en Suède, le ratio entre riches et pauvres est passé de 5 à 1 dans les années 80 à plus de 6 à 1 aujourd’hui. Ce sont les catégories de population les plus riches qui ont bénéficié de la hausse des revenus. Entre 1976 et 2007, les 1 % les plus riches ont bénéficié de façon disproportionnée de la progression des revenus. Aux États-Unis, cette catégorie a capté 47 % environ de la progression totale des revenus entre 1976 et 2007, contre 37 % au Canada et environ 20 % en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni ».
Face à ce constat, le Secrétaire général de l'OCDE peut affirmer que « les inégalités ébranlent les sociétés et sont néfastes pour les économies ». Les inégalités revêtent de nombreuses apparences, au-delà des aspects financiers. L’accès à l’emploi, à la santé et à l’éducation sont souvent cités, mais l’inégalité des chances est sans doute la forme la plus pernicieuse. Elle entraîne le désinvestissement d’une bonne partie de la population, la perte de confiance dans les institutions et le désir de jouer un rôle dans la société. Les inégalités sèment l’exclusion, affaiblissent la qualité des relations sociales et nuisent à l’activité économique.
« Le capital naturel sert la production marchande grâce aux réserves de ressources naturelles et, partant, contribue à l’emploi et aux revenus, ainsi qu’à la qualité de vie sous l’angle environnemental. Le capital social peut quant à lui soutenir l’emploi et les revenus, de même que les relations sociales, le bien-être subjectif, etc. »
Le double dividende, toujours, mais sous des formes différentes... 

1 - Rapport sur le cadre de l’OCDE pour une croissance inclusive, 5-7 mai 2014

 

Mots-clés: compétition, intégration, croissance, économie

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