Gouvernance

Décision

La question de l’Europe et du Brexit nous conduit à celle, plus large, de la gouvernance. Quelle gouvernance dans le monde actuel, marqué par l’ouverture des frontières. Où se prennent donc les décisions ?

La défiance de nombreux citoyens vis-à-vis de l’Europe et même du gouvernement français et d’autres gouvernements nationaux, indépendamment de leur couleur politique, tient à une constatation : chacun se sent dépossédé de son pouvoir de choisir son avenir, et même son présent.

Les décisions essentielles sont prises ailleurs, on ne sait pas bien où, et même parfois par des robots dont les algorithmes peuvent décider d’une fermeture d’usine sans aucune considération humaine. L’éloignement des centres de décision, poursuivi sans relâche dans notre pays avec la manie du XXL, suppression des petites communes, des régions traditionnelles, mainmise (réelle ou supposée) des grands groupes sur les petites entreprises, produit un désarroi général. Chacun se raccroche à ses certitudes, au souvenir d’un passé idéalisé. Un avenir rétréci mais maitrisé est préféré à une grande ambition animée dans de hautes sphères éloignées de la vie quotidienne. On retrouve ainsi le conflit entre les élites et le peuple, décliné dans l’univers de la mondialisation.
Celle-ci s’impose de mille façons, bien au-delà des lois et des accords internationaux. Internet, les satellites, les séries télévisées, le tourisme international, les distances gommées ou réduites par des transports très performants, les flux de population, le commerce international, même s’il n’est pas libéralisé à 100%, toutes ces nouveautés ou phénomènes anciens revus récemment, donnent l’impression que les décisions nous échappent. Vive, donc, le retour aux frontières traditionnelles, aux lois protectrices des citoyens « de souche », aux murs de toute nature susceptibles d’endiguer ces « marées humaines », pour ne pas dire ces « hordes » qui nous menacent.
Au lendemain du Brexit, les citoyens britanniques semblent inquiets, si on en croit divers sondages et l’attitude des apôtres du « out » qui se dégagent de toute responsabilité sur sa mise en œuvre. Entre le besoin de maitriser son avenir, et l’intérêt de bénéficier des échanges avec le monde entier, le choix n’est pas évident. Il est même impossible, tant les deux objectifs sont légitimes. Nous sommes en face d’une contradiction manifeste, mais est-elle inéluctable ? N’est-elle pas, en fin de compte, artificielle, construite pour tenter de gérer des conflits d’une autre nature ? N’est-elle pas le produit d’une inertie du monde politique, incapable de renouveler le débat public et de l’adapter au monde nouveau qui se dessine sous nos yeux ? La contradiction « citoyen du monde versus chacun pour soi » est-elle le cadre obligé de la vie politique et économique du XXIe siècle ?
Le développement durable est au cœur de cette question. Le développement durable est l’art des sortir des contradictions « par le haut », c’est-à-dire de transformer une contradiction apparente en une occasion de progrès.
Opposer d’un côté l’identité et la capacité à prendre des décisions « à la base », sur le terrain, entre citoyens appartenant à une communauté de taille humaine, politique ou économique, et d’un autre côté l’impérialisme de la grande taille, l’obligation du XXL, la sagesse des experts, est bien sûr caricatural. Il s’agit d’inventer de nouveaux modes de développement, qui ne peuvent venir des « élites » mais qui doit émerger de la société, dans toutes ses composantes. Les enjeux sont à la fois locaux et globaux, et les réponses ne peuvent ignorer les aspirations du « peuple ». Les dirigeants, nationaux et européens pour les politiques, des PME et des multinationales pour les entreprises, n’ont pas la solution en eux-mêmes, mais leur mode de gouvernance peut favoriser la créativité des acteurs de la vie sociale, à toutes les échelles. En cette période pré-électorale, il serait vain d’attendre, de la part des politiques, des réponses à toutes les questions posées par les transformations du monde. Aucune réponse ne tombera du ciel, quelle qu’en soit la couleur. Leur rôle, et celui des Etats, est essentiellement de stimuler la créativité collective, de créer la confiance et le climat nécessaire à une contagion de l’innovation.
Il est vrai que les autorités en place craignent souvent l’innovation qui pourrait changer l’ordre établi. Même le débat politique est structuré depuis toujours, et enferme la réflexion dans un cadre rigide et obsolète. Le développement durable nous invite à s’extraire de ces conflits traditionnels et convenus, qui nous éloignent des problèmes réels, confisquent la liberté de penser et donnent ce sentiment d’impuissance sur les évènements.
Conjuguer notre double appartenance, à une communauté locale d’un côté et à la planète d’un autre, ce ne doit pas être impossible, à condition de le croire et d’en avoir envie. Suffisamment pour retrouver un pouvoir de décision sur notre avenir, et bousculer les forces conservatrices qui veulent nous obliger à choisir entre notre identité et la planète.

 

Mots-clés: mode de vie, progrès, proximité, opinion

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