Gouvernance

Assemblée générale

assemblee generaleIl s’agit ici les entreprises et de leur gouvernance. Les actionnaires, parfois vilipendés, semblent aujourd’hui plus réactifs au risque climatique. Le feront-ils intégrer aux stratégies des entreprises ?

Les inégalités et leur renforcement récent ont déjà fait l’objet de rapports, de l’OCDE notamment : Elles compromettent la croissance, et les entreprises, comme les pouvoirs publics, devraient veiller à les maîtriser (1). On parlait alors de « croissance inclusive ».

Un pas vers le développement durable, avec la dimension sociale. Il reste bien sûr le volet Environnement. Des progrès se font jour aussi de ce côté-là, pour des raisons intéressées sans doute, mais les faits sont là.
La finance et le développement durable peuvent faire bon ménage. Une affirmation susceptible de surprendre, mais qui commence à prendre corps. C’est le risque climatique qui est à l’origine de cette évolution pour le volet Environnement. Déjà, à l’approche de la COP 21, la notion de risque climatique avait fait son chemin. Par exemple, en septembre 2015, un rapport de la banque d’Angleterre sur le secteur des assurances (2), dont on connait l’importance au Royaume Uni, attirait l’attention sur la sous-estimation du risque climatique. Celui-ci poursuit son chemin dans les assemblées générales des grands groupes. Les actionnaires veulent être informés de la manière dont ils le prennent en compte. La simple affirmation que les trois quarts des réserves connues de pétrole, de gaz et de charbon devraient rester au fond de leurs gisements a de quoi inquiéter plus d’un actionnaire. Leurs actifs résisteront-ils à la mise en œuvre de ces exigences ?
La finance au secours du dérèglement climatique, qui l’eut cru ? Le mouvement va aujourd’hui bien au-delà des investisseurs traditionnellement engagés, éthiques ou verts. Les sociétés les plus exposées sont sur la sellette, à commencer par les pétroliers. Leur activité est-elle encore « durable », peut-on y investir son argent sans risque ? Ces questions pénètrent progressivement le monde de la finance, même si, dans certains pays comme les Etats-Unis, les climatosceptiques parlent fort. Le discours politique est une chose, les affaires en sont une autre ! Les fonds de pension sont à la manœuvre. Il leur faut des garanties sur le long terme pour payer les retraites de leurs adhérents. Ils ont tout récemment interpelé Exxon Mobil et Chevron sur leur stratégie en matière de dérèglement climatique. Ces sociétés devront présenter une politique en la matière à leur prochaine assemblée générale. Les autres secteurs ne sont pas épargnés, tel Apple qui devra aussi se prêter à cet exercice.
Les investisseurs britanniques se sont organisés dès 2012 en créant une coalition « Aiming for A » à la tête d’un potentiel de 300 milliards d’euros environ. Leur exigence auprès des entreprises où ils investissent est que celles-ci obtiennent la note maximum, A, dans le classement « Carbon Disclosure Project » pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ils se sont manifestés notamment dans les AG des groupes pétroliers BP et Shell, et des sociétés minières.
En France, il s’en est fallu de peu que Total ne doive présenter une politique « carbone », mais les pétitionnaires n’ont pas été assez nombreux pour que leur exigence soit retenue. Ce n’est sans doute que partie remise. Les lois Grenelle et la récente loi sur la transition énergétique et la croissance verte vont dans ce sens en renforçant les exigences de la loi NRE pour une meilleure information des actionnaires sur les aspects environnementaux et sociaux, et sur les politiques proposées pour contribuer à la transition énergétique.
Des ONG s’étaient depuis quelques années penchées sur la question de l’intensité en carbone des actifs des banques et du chiffre d’affaires de grands groupes. En 2014, les Amis de la terre publient un guide éco-citoyen « Climat : comment choisir ma banque ? » et dressent un classement des banques françaises selon les impacts de leurs activités. Ils pointent la participation de certaines banques à des opérations contraires à la lutte contre le changement climatique : «  leurs soutiens à l’énergie fossile la plus émettrice de CO2 ont augmenté de 218 % entre 2005 et 2013, contredisant leurs engagements à lutter contre les changements climatiques et l’impératif de réduction des investissements dans les énergies fossiles conventionnelles ». Ce n’est qu’à l’approche de la COP 21 que des décisions seront prises : Le Crédit Agricole annonce en septembre 2015 son désengagement dans les projets liés à l’extraction de charbon, pour ne prendre qu’un exemple.
L’environnement n’est sans doute pas dans la culture de la finance, ou du moins pas suffisamment, mais la finance est plus à l’aise dans la gestion du risque. C’est par cette porte, pas si étroite que ça, et qui pourrait s’ouvrir de plus en plus large, que le développement durable investit, si l’on peut dire, la citadelle de la finance. Et ce sont les instances « démocratiques » des sociétés, les assemblées générales, qui font bouger les directions. Les voies du Seigneur sont impénétrables…

 

1 - On pourra sur ce point se référer à la note Redistribution.
2 - “The impact of climate change on the UK insurance sector”. A Climate Change Adaptation Report by the Prudential Regulation Authority, September 2015

Mots-clés: avenir, risque, argent, climat

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