Gouvernance

Acteurs

 

Il ne s’agit pas ici de cinéma, mais de nos actions à tous, qui sommes donc acteurs du développement durable, pour le meilleur ou pour le pire. Comment faire pour que les acteurs s’engagent pour le meilleur ?

Notre société est cloisonnée, chacun le sait et le déplore. C’est au croisement de plusieurs domaines que les choses se passent, et c’est justement là que nous sommes désarmés.

Plusieurs autorités s’y partagent le pouvoir et la connaissance, avec d’inévitables rivalités. Il faut croiser les approches, les regards, les analyses, c’est la seule manière d’appréhender la complexité du monde et de la vie.
Il n’en demeure pas moins que les secteurs ont toute leur utilité. Une connaissance pointue des phénomènes demande une spécialisation et un travail d’approfondissement que seule permet une approche sectorielle. Comment, dans ces conditions concilier la nécessité de deux visions, l’une thématique et l’autre transversale ?
En introduisant le jeu des acteurs. Ceux-ci sont insérés dans la société, ils en subissent les influences, ils sont les intégrateurs des multiples dimensions de la vie. En matière d’environnement, comme le rappelle le dernier rapport sur « l’Environnement en Europe, Etat et perspectives 2015(1) », les approches sectorielles, qui ont permis de réels progrès, sont aujourd’hui insuffisantes. Il faut s’intéresser aux systèmes de production et de consommation, aux modes de vie. Ce ne sont pas les institutions qui font l’environnement, mais les acteurs, par la multiplicité de leurs décisions et de leurs actions.
Mobiliser les acteurs, les amener à travailler ensemble, à échanger leurs points de vue et leurs préoccupations. A côté des approches sectorielles, nécessaires pour voir où l’on va et se fixer des objectifs, pour évaluer les progrès, il faut des stratégies d’acteurs, pour passer aux actes et les porter dans la durée. Nos organisations sectorielles ont trop souvent conduit à privilégier les thèmes plutôt que les acteurs, il ne faut pas s’étonner, alors, que les actes ne suivent pas !
La nécessité d’une approche par les acteurs est souvent reconnue dans les discours, ne serait-ce que pour faire adhérer une profession à une politique, mais elle reste souvent affaire de communication, et ne se retrouve guère dans les organisations et les procédures, le plus souvent liées au thème abordé. La préoccupation des acteurs est parfois trop déterminante, et occulte les objectifs, la gestion d’un groupe particulier devenant l’essentiel d’une politique. L’exemple caricatural du ministère de l’agriculture, ou des agriculteurs, nous le rappelle. Une politique d’acteurs au service d’objectifs d’intérêt général, voilà donc le bon équilibre à trouver.
L’approche par les acteurs est tout particulièrement importante pour l’environnement, compte-tenu de leur nombre et de leur diversité, mais aussi du fait que ce sont bien les consommateurs, les citoyens, les entreprises, les collectivités, qui font l’environnement, et non pas les administrations ou autres institutions, qui ne peuvent que fixer un cadre et inciter à s’y conformer, ou encore sanctionner ceux qui s’en éloignent délibérément. Il ne suffit pas de fixer les « règles du jeu », il faut qu’elles soient comprises pour être respectées spontanément et de bonne grâce par l’essentiel des acteurs, sachant qu’il faut toujours garder une possibilité de sanction, ne serait-ce que pour montrer le sérieux et l’importance d’une discipline en la matière.
Difficile, voire impossible à prendre en charge par les « spécialistes », la complexité peut l’être par le jeu des acteurs, qui permet de dépasser les cloisonnements sectoriels. Attention toutefois de ne pas mobiliser les acteurs sans méthode. Les rivalités et les incompréhensions pourraient bien dominer les débats, et détourner le groupe de son chemin. Il faut un pilote, un animateur, un savoir-faire.
Des procédures de dialogue et de concertation ont été mises en place pour offrir une amorce à ce jeu d’acteurs. Des démarches plus ambitieuses ont été imaginées pour aller plus loin, et favoriser la participation de nombreux acteurs à un même projet. En matière de construction et d’aménagement, la démarche HQE(2) en constitue un bon exemple, avec ses deux volets, les « 14 cibles », pour les qualités sectorielles à obtenir, et le « management » des opérations pour la mobilisation des acteurs, et le « travailler ensemble ». Cette combinaison est constitutive de la démarche, même si l’aspect concret des caractéristiques techniques apparait dominant, ce qui ne devrait pas être le cas. Elle est présente aussi bien dans HQE bâtiment que dans HQE aménagement ou HQE Infras.
La dualité action / évaluation conduit à adopter ces deux approches croisées, le jeu des acteurs pour l’action, et la détermination d’objectifs sectoriels pour évaluer les résultats obtenus. Le mélange des genres est hélas fréquent, qui risque de déboucher sur un découpage de l’action, au motif qu’il est plus facile de ne courir qu’un lièvre à la fois. Les acteurs, s’ils sont bien représentatifs des enjeux, de l’origine d’un projet à sa mise en œuvre, à ses suites  et à ses conséquences directes ou indirectes, ne voient pas les choses de la même manière, eux qui ne connaissent pas les mêmes découpages. Deux conditions apparaissent donc, pour que le jeu des acteurs, avec de bonnes méthodes, soit fructueux : bien identifier les acteurs concernés, et les introduire le plus tôt possible dans le jeu.

 


1 - Agence européenne de l’Environnement, Copenhague
2 - HQE : Haute qualité environnementale

 

Mots-clés: culture, consommateur, comportement, territoire

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