fondamentaux du DD

sens de l’histoire

 

Le sens de l’histoire
« Le temps du monde fini commence ». Dès 1945, l’annonce d’une nouvelle période dans la vie de l’humanité nous était faite par Paul Valéry(1). Le sens de l’histoire est bien là : les pratiques extensives, fondée sur l’hypothèse d’un monde infini, doivent laisser la place à de nouveaux modes de vie, de nouvelles manières de produire et de consommer. C’était à la fin d’un conflit destructeur, et il faut bien le dire, cette annonce n’a pas eu le succès qu’elle aurait mérité. Nous sommes repartis « comme en 40 »,  pour reconstruire à tout va, la quantité avant tout. On oublia tout ça. Ce furent ensuite les « 30 glorieuses », qui ont conduit à un constat tiré à la veille des évènements de mai 1968 : La France s’ennuie(2), tandis que Bertrand de Jouvenel reprenait les propos de Paul Valéry sous une autre forme : « Nous n’habitons plus la même planète que nos aïeux : la leur était immense, la nôtre est petite(3). »
L’autisme apparent de la société a conduit peu après des groupes d’experts et d’industriels à crier casse cou, halte à la croissance(4), cri d’alarme resté sans suites immédiates mais fondateur de nouvelles réflexions. Le développement durable en est un des fruits, la recherche d’un autre mode de développement, adapté à ces nouvelles réalités.
Celles-ci sont parfois gênantes. Il faut abandonner des certitudes bien ancrées, remettre en question des modes de penser, laisser tomber ses bonnes vieilles habitudes, et parfois même prendre du recul par rapport à ce que l’on appelle du bon sens. Le système de référence a changé, les relations entre les acteurs seront bousculées, et notre univers est devenu instable, il faut le reconstruire, l’inscrire dans un nouveau  cadre. La société résiste, elle attend des avertissements. Les prévisions des chercheurs sont incertaines, le pire n’arrive pas toujours. « Attendons avant de changer » a été la règle, une règle qui coute très cher quand on se réveille. L’effet de serre et le réchauffement climatique a été une des sonnettes d’alarme. D’autres, comme l’appauvrissement de la diversité biologique, la progression des déserts, la productivité décroissante des pêches en mer, les crises alimentaires, les risques d’approvisionnement sur certaines matières premières, auraient pu tout aussi bien nous alerter, et on s’aperçoit d’ailleurs qu’elles sont souvent corrélées. Le sens de l’histoire est de relever plusieurs défis à la fois, nourrir et faire bien vivre plus de monde d’un côté, et préserver le patrimoine productif de l’humanité de l’autre.
Le message a mis du temps à passer, pollué qu’il est souvent d’annonces messianiques, avec culpabilité et châtiment bien mérité. Tous coupables entend-on trop souvent. Le sens de l’histoire n’est pas là, il est dans la recherche de solutions innovantes, qui nous feront découvrir de nouveaux horizons. Pas de quoi se flageller, mais au contraire, de quoi se stimuler, stimuler au moins tous ceux qui ont le goût d’entreprendre, de découvrir des voies nouvelles.
Le Grenelle de l’environnement s’inscrit dans cette évolution. On s’y met tous ensemble, et on relève des défis. Le secteur du bâtiment est en première ligne. La moitié des milliards d’euros qui seront dépensés pour le Grenelle le seront dans ce secteur. On aurait pu craindre qu’il n’arrive à un mauvais moment. Vous vous rendez compte : 3,5 millions de mal logés en France, l’urgence n’est pas dans la qualité, l’effet de serre attendra, logeons tous ces gens-là d’abord, nous verrons ensuite pour les performances énergétiques. Voilà un raisonnement qui aurait bien pu être tenu, mais qui ne l’a pas été, fort heureusement. Les acteurs concernés ont choisi une autre voie, celle du sens de l’histoire, du progrès multiforme. La quantité et la qualité. Puisqu’il faut changer de système de référence, puisqu’il va falloir adopter des techniques et des organisations différentes, alors faisons en sorte de satisfaire ces deux objectifs à la fois. C’est ça le développement durable, une position ambitieuse, avec une part de risque mais aussi une volonté collective d’un ensemble de professions.
Face à ce constat pour le bâtiment, on ne peut qu’être consterné par le spectacle donné par l’agriculture. Un secteur qui connait manifestement une crise profonde, et un avenir incertain avec l’évolution de la politique agricole commune, et des échanges internationaux de plus en plus ouverts. L’environnement y tient un rôle important, au point qu’un directeur le l’agriculture à l’OCDE a pu affirmer, il y a plus de 10 ans, que « les politiques environnementales auront un impact peut-être plus fort sur l’agriculture que les politiques agricoles ». Le sens de l’histoire est bien sûr de relever tous les défis à la fois, un revenu décent pour les agriculteurs, une production de denrées pour l’alimentation et de matières premières (pour l’industrie, le bâtiment, l’énergie), et une contribution affirmée à la protection de l’environnement (régime et qualité des eaux, paysage, biodiversité, sols, etc.). Toute autre solution serait une victoire à la Pyrrhus, une amélioration immédiate dont le coût final serait bien lourd. Le report à plus tard de cette phase de « rupture » et d’innovation est un grand classique, encore un instant Monsieur le bourreau ! Il n’arrange rien, et ne fait qu’amplifier les changements qu’il faudra bien engager, par exemple pour lutter à la source contre les marées vertes et créer des exploitations lait-biogaz comme on les trouve en Allemagne, offrant à l’agriculteur un revenu diversifié, et luttant efficacement contre une pollution agricole. Productivité et respect de l’environnement ne sont pas ennemis, c’est juste une autre approche, une autre manière de voir les choses. L’hypothèse d’un desserrement des contraintes environnementales,  émise au salon de l’agriculture qui vient de fermer ses portes, serait un retour au passé. Attention à ne pas se tromper de futur.
1 - Dans Regards sur le monde actuel
2 - Pierre Viansson-Ponté dans Le Monde daté du 15 mars 1968
3 - Arcadie, Essais sur le mieux vivre, 1968
4 - Halte à la croissance ? titre français d'un rapport rédigé en 1970 par une équipe du Massachusetts Institute of Technology à la demande du Club de Rome et publié sous le titre "The Limits of Growth" (Les limites de la croissanc

senshistoireUn développement sans limites dans un monde fini. Comment faire, pour sortir de cette contradiction par le haut ? Certainement pas en se polarisant sur le rétroviseur et en regrettant le bon vieux temps.

Le temps du monde fini commence. Dès 1945, l’annonce d’une nouvelle période dans la vie de l’humanité nous était faite par Paul Valéry(1). Le sens de l’histoire est bien là : les pratiques extensives, fondée sur l’hypothèse d’un monde infini, doivent laisser la place à de nouveaux modes de vie, de nouvelles manières de produire et de consommer.

C’était à la fin d’un conflit destructeur, et il faut bien le dire, cette annonce n’a pas eu le succès qu’elle aurait mérité. Nous sommes repartis comme en 40,  pour reconstruire à tout va, la quantité avant tout. On oublia tout ça. Ce furent ensuite les 30 glorieuses, qui ont conduit à un constat tiré à la veille des évènements de mai 1968 : La France s’ennuie (2), beau résultat, tandis que Bertrand de Jouvenel reprenait les propos de Paul Valéry sous une autre forme : Nous n’habitons plus la même planète que nos aïeux : la leur était immense, la nôtre est petite (3). 

L’autisme apparent de la société a conduit peu après des groupes d’experts et d’industriels à crier casse cou, halte à la croissance (4), cri d’alarme resté sans suites immédiates mais fondateur de nouvelles réflexions. Le développement durable en est un des fruits, la recherche d’un autre mode de développement, adapté à ces nouvelles réalités. 

Celles-ci sont parfois gênantes. Il faut abandonner des certitudes bien ancrées, remettre en question des modes de penser, laisser tomber ses bonnes vieilles habitudes, et parfois même prendre du recul par rapport à ce que l’on appelle du bon sens. Le système de référence a changé, les relations entre les acteurs sont bousculées, notre univers est devenu instable, il faut le reconstruire, l’inscrire dans un nouveau  cadre. La société résiste, elle attend des avertissements. Les prévisions des chercheurs sont incertaines, le pire n’arrive pas toujours. Attendons avant de changer a été la règle, une règle qui coute très cher quand on se réveille. L’effet de serre et le réchauffement climatique a été une des sonnettes d’alarme. D’autres, comme l’appauvrissement de la diversité biologique, la progression des déserts, la productivité décroissante des pêches en mer, les crises alimentaires, les risques sur l'approvisionnement de certaines matières premières, auraient pu tout aussi bien nous alerter, et on s’aperçoit d’ailleurs qu’elles sont souvent corrélées. Le sens de l’histoire est de relever plusieurs défis à la fois, nourrir et faire bien vivre plus de monde d’un côté, et préserver le patrimoine productif de l’humanité de l’autre. 

Le message a mis du temps à passer, pollué qu’il est souvent d’annonces messianiques, avec culpabilité et châtiment bien mérité. Tous coupables entend-on trop souvent. Le sens de l’histoire n’est pas là, il est dans la recherche de solutions innovantes, qui nous feront découvrir de nouveaux horizons. Pas de quoi se flageller, et au contraire, de quoi se stimuler, stimuler au moins tous ceux qui ont le goût d’entreprendre, de découvrir des voies inédites.

Le Grenelle de l’environnement s’inscrit dans cette évolution. On s’y met tous ensemble, et on relève des défis. Le secteur du bâtiment est en première ligne. La moitié des milliards d’euros qui seront dépensés pour le Grenelle le seront dans ce secteur. On aurait pu craindre qu’il n’arrive à un mauvais moment. Vous vous rendez compte : 3,5 millions de mal logés en France, l'urgence n’est pas dans la qualité, l’effet de serre attendra, logeons tous ces gens-là d’abord, nous verrons ensuite pour les performances énergétiques. Voilà un raisonnement qui aurait bien pu être tenu, mais qui ne l’a pas été, fort heureusement. Les acteurs concernés ont choisi une autre voie, celle du sens de l’histoire, du progrès multiforme. La quantité et la qualité. Puisqu’il faut changer de système de référence, puisqu’il va falloir adopter des techniques et des organisations différentes, alors faisons en sorte de satisfaire ces deux objectifs à la fois. C’est ça le développement durable, une position ambitieuse, avec une part de risque mais aussi une volonté collective d’un ensemble de professions. 

Face à ce constat pour le bâtiment, on ne peut qu’être consterné par le spectacle donné par l'agriculture. Un secteur qui connait manifestement une crise profonde, et un avenir incertain avec l’évolution de la politiqueagricole commune, et des échanges internationaux de plus en plus ouverts. L’environnement y tient un rôle important, au point qu’un directeur le l’agriculture à l’OCDE a pu affirmer, il y a plus de 10 ans, que les politiques environnementales auront un impact peut-être plus fort sur l’agriculture que les politiques agricoles. Le sens de l’histoire est bien sûr de relever tous les défis à la fois, un revenu décent pour les agriculteurs, une production de denrées pour l’alimentation et de matières premières pour l’industrie, le bâtiment, l’énergie, et une contribution affirmée à la protection de l’environnement (régime et qualité des eaux, paysage, biodiversité, sols, etc.). Toute autre solution serait une victoire à la Pyrrhus, une amélioration immédiate dont le coût final serait bien lourd. Le report à plus tard de cette phase de rupture et d’innovation est un grand classique, encore un instant Monsieur le bourreau ! Il n’arrange rien, et ne fait qu’amplifier les changements qu’il faudra bien engager, par exemple pour lutter à la source contre les marées vertes et créer des exploitations lait-biogaz comme on les trouve en Allemagne, offrant à l’agriculteur un revenu diversifié, et luttant efficacement contre une pollution agricole. Productivité et respect de l’environnement ne sont pas ennemis, c’est juste une autre approche, une autre manière de voir les choses. L’hypothèse d’un desserrement des contraintes environnementales,  émise au salon de l’agriculture qui vient de fermer ses portes, serait un retour au passé. Attention à ne pas se tromper de futur.

 

 

1 - Dans Regards sur le monde actuel

2 - Pierre Viansson-Ponté dans Le Monde daté du 15 mars 1968

3 - Arcadie, Essais sur le mieux vivre, 1968

4 - Halte à la croissance ? titre français d'un rapport rédigé en 1970 par une équipe du Massachusetts Institute of Technology à la demande du Club de Rome et publié sous le titre The Limits of Growth (Les limites de la croissance).

 

Chronique publiée sur le Moniblog le 7 mars 2010

 

Mots-clés: culture, ressources, progrès, environnement

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