Energie

Pile



Pile ou face, voilà un jeu simple, qui ne demande qu’une pièce de monnaie. En sobriété, il n’y a guère que Chi Fou Mi ou La Morra qui soient supérieurs, jeux qui ne se jouent que d’une main, la seconde servant à marquer le score. On atteint les sommets de l’immatériel ! Quand il s’agit de choisir entre deux politiques, entre deux voies, s’en remettre au hasard de pile ou face est en général un mauvais signe, signe d’une impuissance à décider sur des bases logiques, ou d’une incapacité à trancher entre plusieurs influences. Pas très durable : Le développement durable consiste à sortir des contradictions par le haut, par en jouant à pile ou face.



En ces jours de fêtes, parlons d’un autre sens du mot pile. Pas de jeu, pas d’électronique, pas de téléphone sans pile. La pile est l’élément de base de tous ces équipements, et de bien d’autres encore. Le père Noël a oublié les piles ! Le drame est fréquent, des jeux inutilisables sans cette réserve d’énergie que le constructeur n’a pas daigné inclure dans la boîte. Que de déceptions, que de pleurs quand cet oubli se manifeste. On court alors voir dans ses réserves, mais on ne trouve jamais le bon modèle, il faudra attendre que les magasins soient ouverts, quelle épreuve ! La question cruciale de la pile est aussi révélatrice de l’obsolescence rapide de la plupart des jeux. La pile finit par se vider, et il faut la remplacer. Une pause dans l’usage du jeu, bien salutaire, qui conduit à prendre du recul, et à voir qu’il est possible de vivre sans, et même que ce n’est pas plus mal. Pas toujours, il y a des jeux formidables dont on ne se lasse pas, mais combien sont éphémères pour leur intérêt, alors que leurs impacts sur l’environnement sont hélas bien durables. Ressources nécessaires pour les fabriquer, les transporter, les promouvoir, les emballer – notez qu’il est fréquent que le carton d’emballage constitue en lui-même un jeu tout aussi attractif que son contenu – et ensuite pour l’éliminer, le recycler si possible. Vive les foires, ventes aux enchères et sites Internet qui permettent de réutiliser des jeux dont on s’est lassé, de prolonger leur usage, d’améliorer le rendement des ressources qu’ils ont incorporées.

Quand il s’agit de téléphone portable, c’est la colère qui gronde. Comment se fait-il que chaque appareil ait ses propres piles, et bien sûr ses propres chargeurs ? Une normalisation serait bienvenue, pour éviter d’être chacun encombrés de multiples matériels qui ne servent plus à rien, dont on ne sait pas quoi faire, qui nous ont coûté de l’argent, et qui ont mobilisé des ressources naturelles, de l’énergie, des métaux rares, etc. Ces piles sur mesure sont forcément plus onéreuses que leurs sœurs banalisées, comme les médicaments génériques, mais elles préservent des marchés : les piles banalisées constituent une piste pour sauvegarder à la fois le pouvoir d’achat et la planète !

Autre piste fructueuse et immédiate, qui ne dépend que de nous, les consommateurs. Les piles rechargeables. Un peu plus chères à l’achat, surtout avec le chargeur, mais tellement moins chères en référence à l’énergie fournie, au kWh. Côté environnement, le fabricant Uniross a fait réaliser une étude sur le cycle de vie de ces piles, en comparaison à celles que l’on jette après usage. Quel que soit le critère retenu, les piles rechargeables sont terriblement plus performantes : 23 fois moins de prélèvement potentiel de ressources naturelles non renouvelables, 28 fois moins d’impact potentiel sur le réchauffement climatique par une maîtrise des impacts provoqués lors de la production des piles jetables ainsi que lors de leur distribution (transports en camions), 30 fois moins d’impact potentiel sur la pollution de l’air (pollution à l’ozone), 9 fois moins d’impact potentiel sur l’acidification de l’air, 12 fois moins d’impact potentiel sur la pollution de l’eau par réduction de rejets de produits toxiques comme le mercure. Si tous les européens abandonnaient les piles jetables au profit de piles rechargeables, cela allègerait leur poids environnemental de celui d’une ville de l’ordre de 100 000 habitants. Voilà qui est bon à prendre !

Quelques conseils pour maximiser ces bénéfices : pas d’acharnement pour charger les piles (les fins de charges sont beaucoup moins efficaces, et il faut débrancher le chargeur dès que les piles sont chargées) ; les modèles de grande capacité ont un meilleur rendement, et il faut les privilégier pour des appareils gros consommateurs ; et en fin de vie, même les piles rechargeables meurent un jour, ne pas oublier de les porter en un lieu dédié pour qu’elles soient recyclées.

Nous voilà avertis, il n’est pas si compliqué de devenir de bons consommateurs tout en faisant des économies. Il y a même des chargeurs intelligents, qui coupent l’alimentation quand la pile est pleine. La rapidité et l’efficacité environnementale vont pour une fois de pair : Un chargeur rapide permet de diviser par trois les impacts environnementaux de la phase d’utilisation en comparaison avec un chargeur lent.

Le mode d’emploi, des piles est donc simple. L’environnement et les économies font bon ménage. Un dernier conseil : quand vous jetterez vos dernières piles jetables, ne le faites pas n’importe où. Aujourd’hui, seulement 30% des piles sont recyclées. Nous en laissons encore chaque année en France 700 millions dans la nature. Encore un effort pour devenir durable !

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