Energie

Pétrole

L'utilisation du pétrole provoque l'effet de serre, et son extraction est une autre source de problèmes. Le "cycle de vie" du pétrole n'est pas un long fleuve tranquille.

Trop de pétrole, affirme Henri Prévôt(1). Ce Paradoxe est bien exact. La ressource est abondante, et seules les formes les plus faciles à extraire ont été exploitées. A 15$ le baril, on ne peut qu’écrémer le potentiel, on ramasse ce qui est à portée de main ou de derrick,  et on laisse tomber le reste. Le niveau du cours conditionne le volume disponible, ce qui accentue les incertitudes sur les réserves et le « peak oil ».

C’est ainsi que l’on est parti off shore, et de plus en plus profond dans la mer et de plus en plus  profond dans le fond marin. Il a fallu quelques exploits techniques pour y parvenir, bravo aux ingénieurs, mais il apparait aujourd’hui que les risques étaient sous évalués, que les procédures de sécurité étaient insuffisantes aussi bien pour les personnes que pour l’Environnement. La marée noire du Deepwater Horizon au large de la Louisiane illustrent cette carence. Les dégâts immédiats et futurs pour la productivité des milieux sont énormes. Sont touchés des intérêts proches et aisément identifiables, et il faut aussi compter les effets diffus et différés, qui vont s’accumuler dans le temps sur de larges parties du golfe du Mexique et peut-être même au-delà. Ajoutons les effets sociaux, le chômage et la désorganisation économique qui en résultent, et on aura une idée du coût de cette appétence  effrénée pour le pétrole.
L’accent est mis sur l’accident, et c’est bien normal, mais il ne faut pas qu’il occulte d’autres méfaits de cette extraction forcenée du pétrole. Il existe d’autres formes d’exploitation destructrices d’environnement et de vie sociale, et avec des réserves considérables. Il s’agit par exemple des sables bitumineux. Le gisement le plus important est au Canada, précisément dans la province d’Alberta. Le pétrole y est mélangé aux sols, dans d’immenses territoires couverts de forêts et de lacs. Une perspective de 170 Milliards de barils de pétrole, de quoi retarder le « pic » de quelques années et aiguiser  les appétits des sociétés pétrolières.
L’exploitation se fait à ciel ouvert, après destruction de la forêt, ou par injection de vapeur d’eau en haute pression, pour récupérer l’or noir à la sortie. Ce dernier mode exige d’immenses quantités d’eau et d’énergie, et les eaux ainsi chargées restent polluées. Quelle que soit la méthode, il n’est pas question ici de risque de pollution, mais de certitude, pour lesquelles les compagnies pétrolières investissent chaque année des dizaines de milliards de dollars. La forêt boréale du Canada et la forêt Primaire de Madagascar auront du mal à résister à cette formidable pression.
Le bilan énergétique de cette exploitation est médiocre, bien moins bon que celui du pétrole extrait au Texas par exemple, mais meilleur que les biocarburants de première génération. Le rapport énergie retournée sur énergie investie est de l’ordre de 1,5 à 3 selon le type de produit recherché (carburant ou bitume) alors qu’il est de 15 pour les extractions off shore et de 100 pour les grands gisements au sol (merci Wikipédia). La limite physique, où l’énergie injectée serait égale ou supérieure à l’énergie extraite n’arrêtera pas  l’exploitation des sables bitumineux. C’est juste une affaire d’argent.  Le coût de l’énergie a rendu celle-ci rentable, et elle le restera tant que les dégradations portées à l’environnement, la destruction de ressources, la pollution de l’eau, n’entreront pas elles aussi et à un niveau convenable dans l’équation économique, sans parler du coût climatique, la contribution à l’effet de serre qui justifie une Taxe Carbone. Là  encore, il faudrait ajouter le prix des désordres sociaux, les populations habitant ces forêts étant durement affectées dans leur mode de vie et leur Santé.
Il est toujours délicat de se mettre d’accord sur les d’instruments économiques, étant donnée la difficulté de donner un prix à la nature et ses bienfaits, et les divergences d’intérêts.  Il reste alors  la réglementation, l’interdiction de mettre en danger un patrimoine de grand intérêt humain et écologique. L’administration américaine devrait durcir les exigences de sécurité sur les exploitations pétrolières off shore, le Canada va-t-il le faire pour les sables bitumineux, au lendemain des JO de Vancouver vantés comme les plus écolos de l’histoire des JO ?
On apprend que BP dépense des millions de dollars pour redorer son blason, se donner une bonne Image. Cela ne l’empêche pas d’investir encore massivement sur les sables bitumineux. Curieuse conception des responsabilités d’une entreprise, qui avait su se faire remarquer par son intérêt précoce pour les énergies renouvelables. Il semble que prolonger jusqu’à plus soif ses anciennes activités reste le business model dominant. Cet état d’esprit est sans doute encore plus préoccupant que la fuite du golfe du Mexique. 

1 Trop de pétrole ! : Energie fossile et réchauffement climatique d’Henri Prévot, Seuil, janvier 2007


 Chronique mise en ligne le 18 octobre 2011

Mots-clés: ressources, énergie, paysage, performance

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