Energie

Négation

En l'absence de certitudes, les conservateurs de tous poils ont beau jeu de nier. Mais la gravité des risques encourrus nous conduit à aller au-delà de la négation. 

L’approche des négociations de Copenhague réveille les sceptiques de l’effet de serre. Tout en acceptant la réalité du phénomène du réchauffement climatique, ils contestent le lien de causalité avec l’action humaine. Il s’agirait plutôt de cycles du Soleil, ou de phénomènes complexes encore mal élucidés. Les efforts demandés sont donc inutiles, et même néfastes puisqu’ils nous détourneraient d’autres Urgences, sur la pauvreté, l’eau et la Santé, la biodiversité en péril, etc. Il y a mieux à faire !
Cette réaction, parfois vive, répond à une approche volontiers catastrophiste de la question du réchauffement climatique. Réaction que l’on mesure aussi à l’aune des mots employés pour attaquer les sceptiques du climat, parfois traités de négationnistes, rapprochement qui, on le comprend aisément, suscite la Colère et l’indignation. C’est en fait l’approche Morale et culpabilisante qui dérange, et à juste titre. On peut faire Peur et réveiller l’angoisse du futur, mais est-ce la bonne manière de mobiliser, de donner une perspective attractive qui permet justement de réduire la peur du changement, et d’éliminer les résistances ? Ce n’est pas parce que nous sommes dos au mur qu’il faut avancer, mais parce que nous avons un avenir passionnant à construire. Le fil de l’eau, l’inaction, nous conduit à l’impasse, et il faut une idée forte pour fédérer toutes les énergies, les forces vives de la société.

Pour ma part, je plaide pour le concept d’Intensité, à opposer au principe d’expansion à l’infini. C’est une sorte de motion de synthèse, entre le besoin de croissance pour satisfaire des besoins essentiels d’un côté, et le caractère fini de la planète. Croissance des services rendus aux hommes, mais réduction des prélèvements et des rejets dans l’environnement. Plus de services rendus avec moins de ressources, c’est une forme d’intensification au lieu d’une Fuite en avant, toujours plus loin pour trouver de nouvelles ressources, Course sans fin au prix de plus en plus élevé, en termes humains ou de destruction des milieux. L’intensification reste néanmoins un concept abstrait, qu’il convient de traduire en actions ou en mesures opérationnelles. La lutte contre le réchauffement climatique permet de le faire.
L’effet de serre permet de fédérer les énergies humaines. C’est un fil que l’on peut tirer, et auquel bien d’autres questions sont accrochées. Tout d’abord de la Rigueur dans la gestion, la lutte contre les gaspillages. La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas, c’est bien connu, et en plus c’est la moins chère. Les facilités d’accès et les bas coûts conduisent inévitablement à des abus et à une baisse d’ingéniosité. Je crois que la plus grande faiblesse de la vie moderne, c’est d’amener une atrophie de nos facultés disait René Dubos. Le réchauffement climatique est là pour nous réveiller, et ce réveil ne touchera pas que le climat. Quand on tire le fil de la lutte contre l’effet de serre, on trouve la déforestation et les problèmes sociaux et écologiques qu’elle provoque, la répartition des richesses naturelles entre les peuples de notre planète, la survie des coraux et la productivité biologique des océans, l’utilisation de l’espace et les concentrations humaines, l’agriculture vivrière et les formes de colonisation économique, et bien d’autres choses encore. La lutte contre l’effet de serre permet de remettre à plat l’ensemble des politiques économiques et sociales. La pression environnementale devient le nouveau moteur de l’évolution de l’humanité. Un retour aux réalités salutaire, pour contrebalancer une financiarisation rouleau compresseur.
Faut-il encore sortir d’une approche purement énergétique. Un dogmatisme frileux, replié sur la seule cause de l’effet de serre, pourrait donner raison aux sceptiques, s’il conduit à négliger les autres problèmes. On sent ce risque présent, par exemple pour la rénovation des bâtiments, que l’on qualifie vite de « thermique ». Ce serait oublier toutes les autres carences de notre parc immobilier, et parfois aggraver certaines d’entres elles. Une isolation thermique maladroite peut détériorer les qualités acoustiques et le renouvellement d’air : à quoi bon faire des économies d’énergie si c’est pour ne plus supporter ses voisins ou souffrir de maux de tête permanents ? L’exigence énergétique offre une formidable occasion de revisiter nos logements, nos écoles et nos bureaux, profitons-en, mais sans œillères et exclusive. L’énergie est un élément majeur d’un Système, et c’est bien le système dans son ensemble qui nous intéresse, pas un seul de ses éléments.
Amis sceptiques, ce n’est pas la lutte contre l’effet de serre qui est un problème, mais l’état d’esprit avec lequel elle est menée. Confinée à l’énergie, ce serait une régression, mais il ne semble pas que ce soit l’esprit de Copenhague. Ouverte à la diversité et à la complexité du monde, elle peut être un axe fédérateur et devenir un outil privilégié pour aller au-delà du croissez et multipliez.

 

 chronique publiée le 5 décembre 2009

 

Mots-clés: énergie, environnement, climat

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