Les bons élèves ne sont pas ceux qu’on pense

« En matière de fécondité, la France reste une bonne élève en Europe ». Un titre d’un grand quotidien national, mais aussi le sentiment qui ressort dans les commentaires de nombreux médias. Faire de nombreux enfants serait une bonne chose, puisque ce sont les nations qui en font le plus qui sont les « bons élèves ». Une approche sans doute conforme aux préoccupations du moment, mais plus discutable dans une vision à plus long terme.

Il est vrai que la croissance démographique offre des possibilités de souplesse et d’adaptation, ainsi que la promesse de ressources humaines bien utiles pour l’équilibre des retraites de demain. Mais est-ce durable ? Ce raisonnement convenait à l’époque où nous pensions que la puissance des nations dépendait de leur nombre d’habitants, et que la croissance du nombre d’humains ne posait pas de problème. Aujourd’hui, nous avons pris conscience, mais apparemment pas encore tout le monde, de la finitude du monde. Il nous faut changer de mode de penser. Chacun conviendra qu’il n’est pas possible de laisser la population mondiale s’accroitre éternellement, et que nous sommes proches de la nécessaire stabilisation. La France et les pays développés en général ne peuvent échapper à cette exigence, compte-tenu de l’empreinte écologique de leurs ressortissants, infiniment supérieure à celle des populations du « Sud ». La tendance spontanée à la baisse de la fécondité s’inscrit dans cette logique. Considérer comme « bon élèves » les pays qui maintiennent un bon taux de natalité revient à s’accrocher à des valeurs obsolètes.
La fécondité comme solution au financement des retraites est une vision étroite des choses, franco-française et ignorante des grands enjeux de l’humanité. La stabilisation de la population entraîne mécaniquement son vieillissement, et il faut mieux s’y adapter, plutôt que de chercher à tout prix à rajeunir nos populations, sauf à faire appel à l’immigration en provenance de pays jeunes.
Le vieillissement constitue un défi à affronter. Il se présente de multiples manières, conditions de travail, vie sociale, santé, solitude, logement, mobilité, etc. Il est bien sûr possible de renoncer, et de chercher à faire durer la situation actuelle. Ce serait un cadeau empoisonné pour les générations futures, qui seront bien, elles, obligées de relever le défi. Les « bons élèves », ce sont les nations qui ont engagé cette transition démographique, et pas celles qui s’emploient à transmettre la difficulté à leurs enfants, sous couvert d’amour de la famille.
La conception de la retraite est héritée d’un temps où celle-ci était courte. Quelques années dans la plupart des cas. Heureusement, ce n’est plus le cas pour beaucoup d’entre nous, nous avons souvent une ou deux dizaines d’années à vivre en retraite, et en bonne santé. L’âge de départ n’est donc plus l’annonce d’une fin prochaine, mais le début d’une nouvelle période de la vie. Comment rendre ces années heureuses et enrichissantes, comment jouir pleinement de cette partie de nos vies, et comment la société va-t-elle intégrer et tirer profit de ces retraités, qui seront de plus en plus nombreux ? Telles sont les questions, et il y en a surement bien d’autres, auxquelles la conception moderne de la retraite doit répondre.
Plusieurs pistes apparaissent, à explorer en parallèle. Tout d’abord les conditions de travail. Plutôt que d’avancer l’âge de départ à la retraite des personnels victimes de la pénibilité, quelle qu’en soit la forme, mieux vaudrait lutter contre ladite pénibilité, et que chacun parvienne à la retraite en bon état de marche. Ensuite, ouvrir des perspectives d’activités aux retraités. Des activités citoyennes, familiales, d’accomplissement personnel, ou même professionnelles, qui donneront aux retraités une position sociale, un réseau relationnel, tout en rendant des services à leurs proches ou à la société. Accompagner, enfin, la transition entre l’activité traditionnelle, en entreprise, et le nouveau monde où le nouveau retraité cherchera sa place, avec parfois de nouvelles compétences à acquérir.
Ce ne sont que quelques idées, mais elles s’inscrivent dans la nouvelle conception d’une politique de retraite, quel que soit l’âge d’entrée dans cette nouvelle phase de nos vies. Entre l’activité professionnelle traditionnelle et la vieillesse, le quatrième âge, s’est glissé un âge nouveau, le 3e chronologiquement, qui tarde à être reconnu comme il le devrait, avec les conséquences que cela entrainerait. Un enjeu fort de développement durable, volet sociétal. Avis aux bons élèves.

Edito du 25 janvier 2023

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