Une croissance d’un nouveau type

Dans l’ouvrage de l’économiste Christian Grollier présenté cette semaine en note de lecture, je découvre que « depuis 1914, le pouvoir d’achat a augmenté d’environ 2% par an en Europe occidentale. Cela fait que nous consommons 50 fois plus de biens et de services que nos aïeux de la Belle Epoque ». Nous vivons plus vieux et en meilleure santé, mais sommes-nous 50 fois plus heureux que nos aïeux ? Nous savons que PIB et bonheur sont deux choses différentes, et que la mesure exclusive de la « croissance » par le volume de nos consommations nous conduit à des erreurs grossières.

La croissance recherchée est celle du bien-être, laquelle ne s’obtient pas uniquement en consommant plus. Boulimie et obésité nous guettent, et pas que pour l’alimentation, qui vont à l’encontre de la recherche du bonheur. Ajoutons que le PIB compte toutes les consommations, qu’elles soient matérielles, avec recours à des ressources naturelles, par nature en volume limité, ou immatérielles, dont la matière première est notre matière grise, le génie humain, la créativité. Une ressource expansive à souhait, selon nos besoins. Un match de football, une toile de maître, un concert participent à la croissance du PIB tout comme un voyage touristique autour de la lune ainsi qu’il nous est proposé aujourd’hui. Deux approches au bilan carbone et au bilan écologique en général bien contrasté. Ressources humaines essentiellement d’un côté, ressources matérielles de l’autre. Il y a plusieurs manières de provoquer la fameuse croissance tant recherchée. Incorporer du talent humain et économiser les ressources, voilà le secret, si nous voulons poursuivre au rythme moyen des 2% dont nous avons bénéficié jusqu’à nos jours. Cette croissance du bien-être pouvant d’ailleurs se faire hors marché, elle ne serait pas comptabilisée mais peu importe, l’essentiel est de vivre mieux.
C’est donc un mode de vie d’un autre type, économe et riche à la fois, économe de matière et riche de sensations. Un beau programme qui passe par l’adoption de nouveaux modèles culturels, et une autre organisation économique, qui découragerait l’abus de consommations matérielles. Les deux vont ensemble, car l’effort demandé d’un côté doit correspondre à une espérance de mieux vivre de l’autre. Les économistes tels que Christian Gollier nous disent comment faire pour dissuader les prélèvements de ressources naturelles, renouvelables ou non. Il faut jouer sur la rareté et sur les prix, les taxes venant faire converger les intérêts particuliers et l’intérêt général. Ce n’est pas toujours simple, mais les connaissances accumulées et les savoir-faire éclairent le chemin à explorer. Les modèles culturels obéissent à d’autres lois, il faut d’autres compétences pour faire évoluer les esprits, avec le danger toujours présent de manipulations. Les sciences cognitives peuvent nous aider à progresser, à trouver les bons ressorts, à fixer les lignes rouges à ne pas franchir. Nos descendants vivront mieux que nous, mais différemment. De nouvelles aspirations comme moteur d’un « progrès » redéfini. Le défi est donc celui de faire naître, croitre et embellir une envie profonde de changement, de grande transformation pour reprendre le titre d’un rapport du Comité 21, une métamorphose comme le prône Edgard Morin. C’est une épreuve, ce n’est pas gagné d’avance. Les résistances sont fortes, et s’appuient sur la peur de l’inconnu et sur l’inertie de notre organisation sociale. Les maladresses, aussi, nous guettent, comme le recours à la peur de l’avenir avec les réflexes de repli sur soi qu’elle provoque. Il va falloir être malin et inventif, voilà qui est stimulant !

 

Edito du 10 mars 2021

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