Un Grand Paris pour ses habitants

En marge de la note de lecture sur le livre d’Olivier Razemon sur les parisiens, l’actualité nous offre une illustration des rapports conflictuels entre Paris et sa banlieue. Il s’agit de la limitation de vitesse à Paris, fixée actuellement à 50km/h comme partout, avec des secteurs à 30km/h qui représentent 60% du réseau. Novembre 2020, la Ville de Paris lance une consultation pour une réduction à 30km/h, avec une option pour des exceptions à 50km/h sur certaines voies.

Mars 2021, Paris.fr nous donne le résultat : Les parisiens ont donné leur avis, 5736 personnes très exactement, dont deux tiers de parisiens pur sucre et un tiers de banlieusards. Maigre moisson pour une ville de 2 millions d’habitants. La représentativité d’une telle consultation semble bien fragile, mais c’est un autre sujet. Ce qui nous intéresse ici, c’est la comparaison Paris-Banlieue. 59% des parisiens sont favorables à la généralisation des 30km/h (39% strictement, 20% avec exceptions à 50km/h), alors que 61% des banlieusards y sont hostiles. La confrontation Paris-Banlieue se manifeste clairement, les intérêts divergent. Au-delà des décisions la Ville de Paris, l’affaire est un bon cas d’école. Comment, dans ces conditions, tenter un rapprochement entre les parisiens et les autres franciliens ? Dans toutes les agglomérations de France et de Navarre, la compétence « Mobilité » dépasse le niveau communal, elle est prise en charge par l’intercommunalité. Mais pas pour Paris et les villes qui l’entourent. La communauté d’intérêts au sein de l’agglomération est bien connue. Elle est ancienne et concerne le travail et l’emploi, le logement, la culture, les cimetières, l’eau potable, les eaux usées et les ordures ménagères, et bien d’autres sujets encore. Mais la gouvernance n’est pas au rendez-vous. Le « Grand Paris », qui aurait pu être une réponse, est un nain face à des collectivités anciennes et bien assises sur leurs prérogatives. Il en résulte un éclatement des autorités, des structures politiques et des syndicats techniques, avec pour conséquences des décisions contradictoires, « façon puzzle » comme diraient les Tontons flingueurs, dont tous les franciliens, parisiens ou non, sont victimes. Dans son livre, Olivier Razemon critique à juste titre un Grand Paris pour le prestige, pour damer le pion aux autres capitales européennes, pour « tirer » la France. Celle-ci n’en a guère besoin, à en croire la vitalité de certaines métropoles et même de villes moyennes, qui s’adoptent aux exigences du XXIe siècle et font preuve de créativité. XXL n’est pas le passage obligé vers un futur durable. Un Grand Paris pour ses habitants, pour plus de cohérence dans les politiques de logement, de mobilité, d’urbanisme, voilà une attente raisonnable, transposant à la capitale une formule qui fonctionne bien dans les métropoles de France. Un Grand Paris pour valoriser les atouts des environs de Paris, nombreux et dans tous les domaines, au profit de toute la région et de ses habitants. Les rivalités politiques rendent ce projet inaccessible, et le Grand Paris était d’ailleurs bien absent de la dernière campagne pour les élections municipales à Paris. Un Grand Paris pour valoriser les atouts des environs de Paris, nombreux et dans tous les domaines, au profit de toute la région et de ses habitants. Les rivalités politiques rendent ce projet inaccessible, et le Grand Paris était d’ailleurs bien absent de la dernière campagne pour les élections municipales à Paris. Elles semblent bien loin les tentatives de rapprochement physique de Paris et des villes limitrophes, de l’atténuation de la limite que constitue le boulevard périphérique. L’heure est au chacun pour soi, comme le montre la consultation de la Ville de Paris sur la vitesse dans les rues de la ville. En forçant le trait, on pourrait dire que c’est comme si les non parisiens n’étaient pas des usagers de Paris, et comme si les parisiens étaient des étrangers une fois franchi le boulevard périphérique. Une politique commune à l’échelle de l’agglomération serait-elle hors de portée ? Des institutions adaptées aux modes de vie, et propres à favoriser la créativité des habitants, première étape vers une ville durable.

 

Edito du 17 mars 2021

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