Se libérer de la vitesse

Ceci est un appel. Un appel à tous ceux qui veulent se défaire de la dictature de la vitesse. Les amis du mouvement « slow » et tous les autres pour qui plus vite ne veut pas dire mieux. De nombreuses compétitions sont animées par le culte de la vitesse. Pas de surprise quand il s’agit d’automobile, mais plus curieux quand il s’agit de marine à voile, un domaine où il est permis de mettre en valeur d’autres types de performance. Quand un alpiniste arrive au sommet de l’Everest, on ne se demande as s’il a été plus vite que son prédécesseur. L’exploit se suffit à lui-même. Pourquoi donc, pour la voile, doit-on dépendre d’un chronomètre, alors que l’aventure d’un tour du monde en solitaire devrait largement suffire à nous passionner ?
Le goût de la compétition est sans doute le ressort du succès. Pour intéresser les foules, et par suite les sponsors et leurs budgets nécessaires pour concevoir, construire et armer les bateaux, il faut du combat. Il n’empêche que je suis très gêné par le concept même de « voile au service de l’idéologie de la vitesse ». Au-delà de renforcer notre dépendance culturelle à la vitesse, cette pratique oriente la recherche maritime. Construire des bateaux à voile qui vont toujours plus vite n’est pas forcément la bonne orientation pour la marine à voile. Nous voudrions plutôt voir se développer une marine à voile inscrite dans la lutte contre le réchauffement climatique et la conservation de la biodiversité. Bien sûr, les navigateurs nous parlent des épaves et autres déchets qu’ils ont vu (et dont ils sont parfois victimes) au cours de leurs traversées, mais faut-il qu’ils acquièrent la notoriété au nom de la vitesse, destructrice des milieux et grosse consommatrice d’énergie. C’est du même genre que les pilotes de formule 1 qui feraient la promotion de la sécurité sur les routes, eux qui font par profession la promotion de la vitesse, et flirtent en permanence avec l’accident.
La vitesse agit comme une drogue, nous en sommes vite addictes. Au point que nous ne voyons plus les dégâts faits en son nom. Des routes et des voies ferrées toujours plus droites, au détriment des mouvements naturels, des reliefs et des rivières. Une consommation d’énergie qui augmente fortement avec la vitesse, et aussi à petite vitesse, du fait du poids des engins conçus pour aller vite. Les voitures dont la vitesse maximum est de 200 km/h sont équipées pour offrir toute garantie de sécurité à cette vitesse, et sont de ce fait alourdies, ce qui se retrouve dans la consommation à 60km/h. Il y a le bruit qui augment avec la vitesse, les accidents dont sont victimes les humains et aussi les oiseaux et autres animaux qui vivent à proximité des rails ou des routes. La vitesse permet aussi d’aller plus loin dans le même laps de temps, et notamment de s’éloigner de son lieu de travail. Etalement urbain et ségrégation en sont les conséquences. Le bilan environnemental et social de la vitesse n’est pas fameux, les dommages devant être mis en regard des avantages. Ceux-ci sont réels, rapidité d’accès au secours par exemple, mais ils ont un coût qui est souvent oublié.
Revenons à la voile. Est-il possible de s’intéresser à autre chose que la vitesse ? Pour les voitures, il y a bien les compétitions sur la consommation d’énergie. C’est à celui qui fera le plus de kilomètres avec un litre d’essence. Une piste originale, mais qui ne provoque pas l’engouement des foules comme la formule 1. Quelle forme de compétition peut-on imaginer pour faire la promotion de la voile et, par suite, de l’énergie éolienne sous toutes ses formes, sans faire l’apologie de la vitesse ? Voilà mon appel, une bouteille à la mer, bien sûr. J’espère qu’elle sera repêchée et que l’appel sera entendu.

Edito du 24 février 2021

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