Mobilité : Double dividende en vue

En cette période d’élections aux assemblées régionales et départementales, parlons de la mobilité, une de leurs compétences des régions. Comment progresser vers plus de durabilité, avec les compétences et les pouvoirs de ces collectivités ?
C’est une affaire au long cours, à conduire sur plusieurs mandats. Les échéances électorales ignorent le temps long, ce qui est un vrai problème, et demanderait une réflexion approfondie sur le fonctionnement de nos démocraties. Il n’y a pas que le marché qui soit myope. Il faut faire avec, malgré tout, en attendant, et la manière de faire suppose la recherche d’un consensus durable et largement partagé dans la société. Ce n’est pas impossible, à condition d’obtenir vite des résultats modestes mais bien visibles, qui montrent l’intérêt d’une politique. Jouer à la fois l’immédiat et le long terme, combiner les choix d’investissement, une alchimie subtile mais pas hors de portée.


En matière de mobilité, la première chose est de la réduire en s’attaquant à celle qui ne sert à rien et à la mobilité contrainte. Gardons, à l’inverse, celle qui nous donne du plaisir, celle qui nous permet d’élargir notre cercle social, notre vision du monde. Pour l’immédiat, nous avons pu observer le développement extraordinaire, au sens étymologique du terme, du télétravail. Beaucoup de mouvements dits « pendulaires » évités, mais il y a un prix à payer. L’isolement et la forte réduction des échanges directs au travail ont parfois été mal vécus. La brutalité du changement d’échelle est à l’origine de ces problèmes, qui ne se posaient guère avant la généralisation forcée du télétravail ante covid. Les partenaires sociaux sont à l’œuvre pour trouver des solutions, mais parmi elles figure la création de bureaux de proximité, qui relèveraient plutôt des collectivités locales. Des bureaux bien équipés bien équipés, reliés à son entreprise, permettant de trouver un poste de travaill à proximité de son domicile, avec du monde autour de soi. Moins de déplacement, moins de solitude, moins de conflits d’usage. La région Ile de France avait initié une recherche sur ce point sous le vocable « bureau de voisinage », mais c’était dans les années 1990, au siècle dernier, et la société n’était sans doute pas mûre. Longue vie aux « bureaux de proximité », pour reprendre le vocable d’aujourd’hui.
Pour le « temps long », la réduction de la mobilité contrainte passe par l’aménagement du territoire, de manière à mieux répartir emploi et population. Adieu les cités dortoirs, pour les riches comme pour les pauvres, bonjour les secteurs où l’habitat de l’activité se conjuguent harmonieusement. Ça ne supprimera pas les déplacements domicile travail, mais ça les réduira en nombre et en distance parcourue. Le soutien à l’activité économique, autre compétence affirmée des régions, peut aussi concourir à cette politique, dont les effets ne se feront sentir qu’au terme d’un ou plusieurs décennies, si elle est suivie avec constance. Entre l’immédiat et le temps long, l’aide au circuits courts, au commerce de proximité, entre aussi dans cette logique.
Quant à la mobilité qui reste, celle pour le plaisir, la vie personnelle, rendons-la plus performante, c’est-à-dire plus efficace pour les personnes, moins polluante pour la planète (effet de serre, pollution des eaux et des sols, etc.) et pour l’environnement immédiat (moins de bruit, qualité du paysage, etc.). Les transports en commun peuvent répondre à cette attente, mais les axes lourds de communication s’inscrivent dans le temps long, et ils ne parviennent pas à irriguer tout le territoire. Il faut aussi des moyens plus légers, plus rapides dans leur mise en place, et connectés aux axes structurants. Une première idée, aujourd’hui banale, est de mieux remplir les voitures. C’est le covoiturage. Organisé hier essentiellement pour des trajets de longue distance, il se développe pour les parcours quotidiens. Dans les secteurs peu denses, dans les campagnes notamment, le transport à la demande prend lentement son essor. Une meilleure qualité de service, pour un coût bien inférieur à celui que demanderait des lignes fixes de transport. Les professionnels du secteur affichent une division par 3 des coûts. Dans les deux cas, covoiturage et transport à la demande, on note l’importance du numérique pour la mise en relation des offreurs et des demandeurs, ou l’optimisation des parcours. Bravo pour la performance, mais attention à ne pas laisser sur le bord du chemin les illettrés de l’électronique. Il ne faudrait pas que l’illectronisme vienne ternir le tableau.
Pour les régions, la mobilité représente un quart de leurs dépenses, c’est leur plus gros budget. L’enjeu est considérable, et affecte directement la qualité de vie des habitants. Voilà un secteur où le concept de double dividende (bon à la fois pour l’économie et pour l’écologie) est bien visible, avec des solutions qui ne demandent qu’à faire tâche d’huile.

 

Edito du 16 juin 2021

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