Le montage de projet, clé de la réussite

Le financement de la rénovation des bâtiments. Comment faire pour booster le programme, comment motiver les intéressés ? Telle était la question posée par le Gouvernement au directeur de la Banque des territoires, Olivier Sichel. La réponse est venue le 17 mars avec une recommandation principale : accompagner les acteurs dans le montage de leurs projets. Une évidence enfin reconnue. Quand j’étais aux affaires, j’avais constaté que les projets soutenus par l’Etat n’étaient pas les plus pertinents, ni les plus urgents ou les plus innovants, mais ceux qui étaient prêts. Aussi simple que ça.

Et souvent les plus intéressants, ceux qui méritaient le plus une aide publique, étaient les plus compliqués, incluant de nombreux acteurs à mettre d’accord, et dont les retombées sont multiples, c’est-à-dire qu’aucune ne suffit à elle seule pour justifier une aide. Nombreux intervenants, diversité de bénéfices attendus, financements multiples, tout ce qui faut pour plaire, pour compliquer le bouclage d’une opération. Le développement durable est souvent une recherche de plusieurs « dividendes », et demande pour cela une démarche transversale que les administrations n’apprécient guère. Il en faut de l’énergie, de la ténacité, de pouvoir de persuasion pour franchir les étapes de ce parcours du combattant. Résultat : Des initiatives passionnantes et innovantes tombent à l’eau, et l’argent public ne vient au secours que d’opérations classiques, dont le cadre est prévu dans une vision souvent « hors sol », déconnectée du contexte. Heureusement, il y a aussi des ouvertures vers des programmes conçus spécifiquement pour explorer des voies nouvelles, mais elles restent marginales par rapport aux gros bataillons des aides publiques. Le développement durable, par nature pluridisciplinaire, a ainsi du mal à trouver sa place dans ces conditions. L’aide au montage des projets est d’autant plus nécessaire qu’il est reconnu, en matière de construction et d’aménagement, que les enjeux doivent se prendre en main au tout début d’un projet. Une mauvaise orientation au départ, comme un mauvais emplacement, et les performances sociales, économiques, techniques que l’on espérait ne seront jamais au rendez-vous. Un équipement public mal placé, sur une « opportunité foncière » sans lien avec le tissu urbain par exemple, ne pourra jamais répondre efficacement aux besoins. Les études préalables, en amont du projet, sont une des clés du succès, mais elles sont mal financées, le projet étant encore virtuel, en attente de décisions multiples, maitre d’ouvrage, collectivité, autorités régulatrices. Dans la rénovation, l’état initial des lieux, la situation personnelle des occupants, le quartier et ses composantes géographiques, microclimatiques, socio-économiques, sont autant de paramètres à prendre en considération pour monter un projet. Les responsables des OPAH, opérations programmées d’amélioration de l’habitat connaissent bien la difficulté de l’exercice, avec ses aspects humains, financiers et techniques. C’est là que l’aide publique au montage des projets est déterminante, c’est là où elle fait défaut aujourd’hui. Le rapport Sichel fera-t-il admettre l’évidence du besoin d’aide pour le montage du projet et pas seulement pour sa réalisation ? Ce serait une avancée formidable. Elle permettrait notamment d’associer aux objectifs énergétiques les besoins ressentis par les principaux intéressés, les habitants, en matière d’amélioration de leur logement. Une bonne manière de rendre populaire la rénovation de notre parc de logement, qui en a bien besoin.

Edito du 24 mars 2021

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