Un nouveau défi pour l'immobilier

Le COVID a manifestement changé pas mal de choses, dans notre vie quotidienne, notre travail, nos loisirs. Certains de ces changements laisseront des traces, dont l'effet ne peut pas encore être bien évalué. Parmi eux, le télétravail. Une pratique peu répandue en France avant la crise. Le patronat craignait de perdre le contrôle du personnel, et les syndicats voyaient d'un mauvais oeil l'éloignement et la dispersion de leurs ouailles potentielles. La crise a balayé toutes ces hésitations, il a bien fallu passer au télétravail, et à marche forcée. Résultat : un assentiment du côté des employeurs comme des salariés. Quelques bémols, bien sûr, il faudra des ajustements car cette situation n'était guère prévue dans les codes et autres accords sociaux. Rien de plus normal, mais globalement, l'expérience a été bien vécue, et beaucoup souhaitent la prolonger et l'instituer comme la norme. Ce sont de nouveaux rapports sociaux qui vont se mettre en place, une autre relation au travail, une autre organisation personnelle pour harmoniser à la maison le boulot et la vie personnelle. C'est le côté "soft", et il faut que le "hard" suive. Une des conséquences touchera les logements et l'immobilier d'entreprise. Pour les premiers, la crise a été un révélateur, une sorte de "crash test" de notre production d'appartements et de maisons, comme le dit l'architecte François Lerclerq dans Bati-Actu du 22 avril dernier. L'habitat n'est pas prévu pour le confinement, et encore moins pour travailler chez soi. Il va falloir trouver de la place. Et pourquoi pas, à cette occasion, changer de cadre de vie. La demande de maison individuelle a fait un bond. Si je ne vais au bureau que deux fois par semaine, pourquoi ne pas habiter plus loin, je suis encore gagnant sur mes temps de trajet. Je pourrais avoir un jardin, en plus de l'espace supplémentaire pour installer un poste de travail. Ce serait bien pour les enfants, pour mes loisirs, et mon prestige : c'est bien mieux que les "cages à lapins" des cités. Une demande sociale qui va évoluer fortement côté salariés, et qui a son pendant côté employeur. Plus besoin de bureaux, un pour chacun. Quelques postes de travail banalisés pour les passages des personnels étalés sur la semaine, notamment pour des rendez-vous, et plus de salles de réunion, car quand ils viendront, ce sera pour les échanges à plusieurs, qui resteront nécessaires malgré les progrès des conférences vidéo. Quelle économie de surface ! Il faudra bien des locaux ou équipements d'un nouveau type, comme des douches pour ceux qui viendront en vélo, mais globalement, il faudra bien moins de mètres carrés, y compris pour les parkings compte-tenu de la rotation du personnel. le développement du tététravail va durement affecter nos parcs immobiliers, bureaux et logements, et peut-être aussi commerces avec le recours à l'achat en ligne. Au total, il faudra peut-être construire autant de mètres carrés, mais ils seront répartis bien différemment de ce qui se fait aujourdhui. Une mutation à envisager comme une opportunité d'offrir un meilleur cadre de vie et de meilleures conditions de travail, pour que cette mutation soit "durable". Un autre architecte, Jean-Michel Wilmotte, pense "qu'il faut inventer le 5% bonheur de vivre" (Bati-Actu du 19 mai), aussi bien chez soi que dans les lieux de travail. 5% d'espaces partagés, conviviaux, dédiés aux relations sociales. "5% générosité pour la communauté". La rénovation du parc immobilier était déjà un objectif affirmé au titre de la lutte contre l'effet de serre, voici un nouvelle raison de l'accélérer, pour la qualité de vie des occupants et la performance des entreprises. Une changement structurel pour les professions de l'immobilier, qui devront s'adapter à cette nouvelle demande. Un défi, bien sûr, mais une étape vers le développement durable.

Edito du 20 mai 2020

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