Les atouts des petits commerces indépendants

Le black Friday fait couler beaucoup d’encre au sujet des petits commerces indépendants qui ne peuvent entrer dans une course folle aux rabais. Ceux-ci sont également victimes du e-commerce qui s’est particulièrement développé pendant la crise sanitaire. Une étude(1) vient de préciser les dégâts déjà réalisés depuis une dizaine d’années : moins 114000 emplois dans le petit commerce, pour 33000 créés dans le commerce de gros, soit une perte nette de 81000 emplois en France. Et c’était avant le bond que le e-commerce a connu cette année. Retenons que, pour un emploi créé d’un côté, ce sont deux qui disparaissent de l’autre. Est-ce durable, doit-on continuer à laisser s’installer un peu partout les immenses entrepôts d’Amazon et de ses émules ?
Le petit commerce a déjà beaucoup souffert de la multiplication des grandes surfaces. Combien de centres-villes ont été désertés par les vitrines et l’animation qui en faisait le charme et répondaient aux besoins des consommateurs ? Un désastre pour la vie sociale, pour le paysage des entrées de ville, et pour la consommation d’essence. C’était la civilisation de l’automobile dans toute sa splendeur, qui a structuré le commerce à sa manière, au détriment, dans les campagnes, des écarts autrefois desservis par des commerces ambulants. Point de salut hors de l’automobile. Les campagnes se sont organisées en conséquence, si bien qu’aujourd’hui vous aurez toutes les peines du monde à y vivre sans voiture, et souvent une deuxième ou une troisième voiture en fonction de vos activités et de la composition de votre famille. Quant à l’emploi, il en a durement souffert, le personnel nécessaire rapporté au chiffre d’affaire est en net recul dans les grandes surfaces. Au plus fort de l’expansion des grandes surfaces, des études de l’ADEME montraient que le passage du petit commerce de centre-ville au supermarché de périphérie provoquait à la fois une nette réduction du nombre d’emplois dans le commerce, et une forte hausse de la consommation de carburant.
Voici donc une nouvelle épreuve, celle du e-commerce. Bien sûr, le mal est déjà fait, mais ça pourrait encore s’aggraver. Le petit commerce est déjà bien affaibli, les marchands ambulants ont disparu sauf exception. Faut-il reprocher au e-commerce son effet sur l’emploi ? Difficile, pour ceux qui prônent la réduction du temps de travail et la retraite à 60 ans. Une telle évolution ne peut se faire sans une forte augmentation de la productivité du travail, de manière à rendre le même service avec moins d’heures de travail. L’efficacité du travail humain a permis de disposer de temps libre, et il faut s’en réjouir, et surtout de ne pas arrêter cette évolution au moment où la population vieillit. Le débat positionné sur l’emploi risque de détourner l’attention des vrais problèmes, les conditions de travail des salariés de ce nouveau type de commerce, la qualité de service, la contribution à la vie sociale, et l’éloignement accru du producteur et du consommateur.
Sur ces derniers points, les grandes surfaces ont déjà fortement dégradé la situation, même si certaines ont ajouté à leur activité des rayons pour les produits locaux. La résistance du petit commerce indépendant et des circuits courts a toutefois donné de bons résultats, hélas fragiles et toujours remis en question comme aujourd’hui avec la crise sanitaire. Ses atouts ne sont pas négligeables, mais doivent être mis en valeur. Qualité de service, lien social entre producteur et consommateur, fidélisation fondée sur la confiance. Plutôt que de hurler avec les loups contre le e-commerce, dont bénéficient d’ailleurs des petits producteurs qui y trouvent une vitrine, mieux vaut accentuer les avantages de la proximité. Un combat « pour » plutôt qu’un combat « contre ». La cohabitation de différents modes de commerce est inéluctable, comme celle de produits manufacturés venant de loin et des produits locaux. Luttons contre les excès du e-commerce, d’accord, mais surtout aidons le petit commerce à valoriser ses atouts, ça sera plus efficace.


1 - http://www.kavalacapital.com/content/20201201-Rapport_ecommerce.pdf

 

Edito du 9 décembre 2020

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