Au fond du trou

J’ai reçu beaucoup de messages se réjouissant de l’optimisme dont je ferais preuve dans mes livres, notamment le dernier, Le vent s’est levé. Une occasion de parler de ce mot, optimisme, qui n’est pas encore au dictionnaire du développement durable. Voici donc une réflexion que de mot inspire, et qui a toute sa place aux jours les plus sombres de l’année, le solstice d’hiver et les nouvelles alarmantes sur le front sanitaire. Comment parler d’optimisme quand nous sommes au fond du trou ?

Notons que souvent, l’adjectif béat y est associé. Si l’optimiste croit qu’il n’a rien à faire pour que tout aille bien, s’il croit en sa bonne étoile pour résoudre tous les problèmes, s’il pense qu’il vit un cauchemar mais qu’il va bientôt se réveiller dans le meilleur des mondes, alors oui, la béatitude n’est pas loin. Elle ressemble furieusement à l’aveuglement ou à l’inconscience. Elle n’est pas rare. Une bonne illustration est l’attitude des créationnistes et autres peuples bénis des dieux, qui pensent que la catastrophe ne peut leur arriver, « Dieu ne le permettra pas ». La protection divine comme assurance-vie, c’est oublier le vieux diction « Aide toi, et le ciel t’aidera ».
Dans la même ligne que la béatitude, les dictionnaires type Larousse ou Robert, nous disent que l’optimisme serait une tendance à négliger les aspects fâcheux, à croire obstinément que tout va pour le mieux. Une vision passive, qui pourrait être interprétée comme un désengagement, une confiance absolue en des forces extérieures qui dispenserait de tout effort. Le pessimiste serait d’ailleurs dans les mêmes dispositions, « à quoi bon ? », en attendant l’issue opposée, fatale au lieu d’heureuse.
Une autre approche doit être possible, dynamique au lieu de passive. Le bonheur ne tombe pas du ciel, il faut aller le chercher. L’optimisme est cette recherche, et consiste en premier lieu à croire qu’il existe une ouverture vers un avenir meilleur. Ce n’est pas le refus de voir les obstacles et autres pièges, mais l’assurance de trouver la manière de les franchir ou de les déjouer. Une attitude proactive, l’inverse de la béatitude. Elle exige des efforts, de l’imagination, de l’intelligence, des remises en question. Elle est à la fois ambitieuse et modeste, elle pousse à explorer les sentiers inexplorés ou oubliés, à changer de regard, à écouter les signaux faibles. Dépasser le « on a toujours fait comme ça », avec une bonne dose de curiosité et de prise de risque. L’optimiste a bien vu, comme Albert Einstein, que « Les problèmes qui sont devant nous ne peuvent être résolus par le genre de pensée qui les a créés ». Il est conscient, comme John M. Keynes, que « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes ». Il sait qu’il devra affronter les conservateurs de tous poils, les esprits forts qui se moquent de ceux qui ne respectent pas les codes dominants. L’optimiste sera vite traité d’original ou d’idéaliste. Il l’accepte sans peine, ça vaut mieux que de se laisser aller à la morosité et à la peur du lendemain. Adopter un nouveau mode de penser, comme il le faut pour progresser vers un développement durable, c’est faire preuve d’un optimisme dynamique. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, disait Guillaume d’Orange, mais c’est quand même plus facile d’entreprendre en espérant. C’est peut-être ça l’optimisme. Comment peut-on être écologiste sans être optimiste ?

Edito du 23 décembre 2020

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