Une flèche qui rate sa cible

Le débat sur la fiscalité écologique repart de plus belle avec la rapport de la cour des comptes sur la taxe carbone. L'acceptabilité de cette mesure serait liée à la lisibilité de l'usage qui est fait de l'argent récolté. Nous sommes encore dans l'idée que la transition écologique pourrait être isolée du reste des politiques publiques, et pourraient ainsi faire l'objet de financements spécifiques. Bien sûr, il faut de l'argent pour isoler les logements, développer les énergies renouvelables et les transports en commun, mais la transition va bien au-delà. C'est tout notre mode de vie qui est concerné, avec l'alimentation, les politiques industrielles, les échanges internationaux, la recherche, l'éducation, la santé, la justice, etc. La transition n'est pas sectorielle, elle doit percoler à travers toutes les dimensions de l'action publique, si l'on reste sur la question des impôts, et sur nos comportements et nos modes de vie si l'on va au-delà. Flécher les produits de taxes serait terriblement réducteur, et pourrait dédouaner les secteurs non fléchés de toute initiative pour la transition. C'est donc tout le budget de l'Etat (et des collectivités publiques en général) qui doit intégrer cette nouvelle donne, et en premier lieu en ne mettant plus d'argent dans les activités néfastes. La pénurie d'eau douce liée à la sécheresse en donne une bonne illustration. Comment amener l'agriculture à réduire fortement ses prélèvements, voilà un enjeu de la transition. La mutation des modes de travail de la terre, du choix des productions, des équipements et des formations nécessaires pour cette nouvelle agriculture, a besoin d'un financement attendu de l'Europe et du budget de l'Etat. Malgré les efforts louables d'associations, de certains enseignants et de quelques journalistes, la culture de l'environnement est encore bien légère dans notre pays. La encore un effort est indispensable si l'objectif est de faire participer la maximum d'entre nous à la transition. Pour une culture pratique, au-delà des clichés et des caricatures que l'on a pu entendre si souvent au sujet de l'écologie (le retour à la chandelle, par exemple). Une culture qui aiderait à trouver des solutions pour se passer de la voiture au lieu de manifester contre la hausse du prix du carburant (laquelle ne couvre qu'à grand peine le coût réel de l'automobile dans notre pays). Le flèchage des recettes d'une taxe écologique présente en outre l'inconvéneint majeur de laisser croire que l'environnement coûte cher. C'est bien sûr le non respect de l'environnement qui coûte cher, comme la pollution atmosphérique évaluée à 100 milliards d'euros chaque année ou le bruit à 60 milliards d'euros. Une taxe carbone, pouruoi pas, à condition qu'elle entre dans une réforme générale de notre fiscalité au lieu de s'y ajouter. Ecologiser la fiscalité et l'action publique, tel est l'enjeu. La transition écologique appliquée au budget de l'Etat, un beau sujet de rapport pour la cour des comptes !

Edito du 25 septembre 2019

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