Séduire les réfractaires

Sortir du nucléaire, adieu l'agrochimie, vivre sans plastiques, réduire sa consommation de viande, haro sur l'avion, etc. Voilà un bon programme pour la transition, mais qui heurte de plein fouet de nombreux intérêts, avec des emplois et des savoir-faire. Ne nous faisons pas d'illusions, les intérêts en question ne se laisseront pas faire, ils vont résister et même bloquer toute évolution. Laissez-nous le temps de s'adapter vont-ils dire, et ils vont faire durer, alors que la transition doit démarrer au plus vite, et à un bon niveau. Comment faire pour aller au-delà des dénonciations des lobbys et des manifestaions qui, parfois, ne font que creuser un fossé entre l'ancien et le nouveau monde, au lieu de jeter un pont pour faciliter le passage ? 

Toutes ces professions engagées sur les techniques d'hier, et qui se sentent menacées, ne sont pas à rejeter. Les experts de l'énergie atomique ont sans doute des connaissances à valoriser autrement, les techniques de la pétrochimie peuvent d'adapter en partie à la pytochimie, et quand on sait fabriquer une voiture, on doit savoir faire plein d'autres objets complexes qui ne compromettent pas le climat. Ce sont des perspectives d'avenir qu'il faut ouvrir à ces métiers, au lieu de les enfermer dans une nasse, avec en plus un sentiment d'échec. Les agriculteurs se sont lancés sur un objectif de nourrir le monde. Avec bien des excès semble-t-il, car les exportations vers les pays du Sud ont plutôt déstabilisé les agricultures locales. Ils ont adopté pour cela des techniques qui ont appauvri les sols et la biodiversité, et qui les mènent à l'impasse. Et pourtant le rôle de l'agriculture est incontournable, notamment pour capturer et séquestrer du carbone dans la biomasse, y compris la matière organique contenue dans les sols. Voilà un beau chalenge, qui pourrait se substituer à l'obsession de produire plus. Le cadre institutionnel, la manière de rémunérer le travail du paysan, la formation des candidats agriculteurs, sont alors des clés pour le changement attendu, autant que la sensibilisation du consommateur. En un mot, il faut s'intéresser aux victimes probables du changement, et leur offrir des perspectives à défaut d'un accompagnement pour une fin de parcours professionnel. S'y intéresser, et éviter qu'ils se sentent agressés dans leur essence même. Il est suffisamment dur d'accepter de s'être trompé de chemin, sans avoir à supporter des critiques qui ne sont pas nécessaires, bien au contraire. Séduire les réfractaires et les perdants potentiels, c'est plus intelligent que les montrer du doigt...

 

Edito du 2 octobre 2019

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