Les nouvelles monnaies

La Libra, cryptomonnaie créée par FaceBook, fait débat. Voilà une monnaie parallèle, qui facilite les transactions sans avoir besoin de banque centrale pour assurer une valeur de référence. Tout se passe directement entre acteurs. Comme pour les monnaies locales, dites complémentaires, mais l'échelle est bien différente. La monnaie locale a pour objectif de favoriser les échanges de proximité, alors que la proximité de la Libra est celle d'Internet, déconnectées des territoires. Echelle d'un bassin de vie dans un cas, échelle planétaire dans l'autre. Les deux ont leur intérêt, mais ce n'est pas le même, ne mélangeons pas. Une autre différence doit être soulignée. La monnaie locale n'est pas virtuelle, elle est physique, et permet ainsi de préserver l'anonymat des transactions. La Libra est, au contraire, un pur produit de l'informatique, avec deux défauts majeurs : d'une part, elle mobilise des centres de calculs, des "data centers", qui consomment beaucoup d'énergie, même si des progrès peuvent être envisagés. D'autre part, elle accumule des informations sur les achats des utilisateurs. Chacun peut voir comment ces informations, déjà générées par les transactions sur Amazon et autres services de vente en ligne, peuvent être utilisées à des fins commerciales, voire par "big grother" pour vérifier que vous êtes de bons citoyens. L'Etat se trouve écarté de la transaction, les banques centrales étant exclues du jeu, mais des intérêts privés, commerciaux ou politiques, peuvent le remplacer insidieusement. Les promoteurs de la Libra s'en défendent, mais l'expérience déjà acquise avec le commerce en ligne laisse craindre le pire. Il faudrait au moins introduire une forme de contrôle indépendant pour s'assurer du non usage de données ainsi accumulées, mais nous savons que la tentation sera forte, sans parler du piratage, qui n'est pas non plus à exclure. La relation entre vendeur et acheteur a beau être directe, elle ne passe pas inaperçue, contrairement au billet de banque qui ne laisse pas de trace. Les monnaies locales en France ont un statut propre, une reconnaisance qui leur a été donnée par la loi sur l'économie solidaire et sociale du 31 juillet 2014. Des monnaies conçues pour l'économie réelle et interdisant toute forme de spéculation. Elles tournent d'ailleurs bien plus vite que l'Euro, signe de bonne santé. En plus, elles portent de jolis noms, comme le Gentiane à Annecy, qui marquent leur implantation locale comme le Gonette à Lyon ou la Pêche à Montreuil, ou encore la SoNante à Nantes. Elles ne sont pas encore généralisées, mais ça progresse. L'Eusko, monnaie locale du Pays Basque est la plus importante d'Europe. Les monnaies locales, c'est quand même plus sympa que celles des grands opérateurs internationaux comme Facebook.

Edito du 13 novembre 2019

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