Les mauvaises économies

Pour faire des économies sur la santé, les financiers ont eu la bonne idée : moins de médecins, ça fait moins de malades, moins de prescriptions, et au final moins de dépenses. Un numérus clausus restrictif a été imaginé, dont nous voyons aujourd'hui les effets. Compte-tenu de l'inertie de la population médicale, particulièrement longue à renouveler, nous ne sortirons pas demain de cette situation. Bravo les financiers ! Il est vrai qu'ils ne voient que les dépenses, et qu'ils ne prennent de décisions que pour les maitriser. La santé, dans le cas présent, ne représentent pour eux que des dépenses, alors qu'elle a une grande valeur. Une valeur humaine, évidemment, que nous vivons en permanence tout au long de notre vie, mais aussi une valeur économique. Une population en bonne santé est plus productive, les retards dans les prises en charge coutent cher, le recours à des personnels étrangers, vacataires, coute cher, etc. Mauvais calcul. Un calcul qui ignore la valeur d'une population en bonne santé ou le coût de la mauvaise santé. Le volet prévention a toujours du mal à passer devant les financiers. Il faut faire la démonstration qu'elle est efficace, mais il est toujours difficile d'évaluer les coûts ainsi évités, qui ne le sont rarement avec une certitude absolue, car des évènements extérieurs peuvent toujours perturber les prévisions. Les financiers ont leur logique, et ils sont en position de force pour l'imposer. En son temps, le FMI avait aussi imposé sa logique, ou plutôt sa philosophie, sa vision du monde, aux jeunes pays tout juste décolonisés. Il fallait réduire les Etats à leur plus simple expression, et laisser sa place au marché. Résultat, des états faibles, incapables de promouvoir un avenir adapté aux situations locales. Bien sûr, il y a d'autres raisons, mais le poids des approches en honneur dans les pays industrialisés plaqué sur des économies naissantes est lourd, et on en paye le prix aujourd'hui. La réalité des territoires est complexe, et ne se résume pas à quelques chiffres, ou à des théories dont les économistes eux-même disent qu'elle sont fugitives. De même, le long terme a du mal à s'imposer. Il faut équilibrer les comptes, ce qui n'est guère favorable à l'investissement, dans la formation et a recherche notamment. Itou pour les richesses non monétaires. Nous l'avons vu pour la santé, capital essentiel d'une société. Il en est de même pour les resources naturelles, gratuites, qui ne produisent pas de TVA. Leur destruction n'est pas une perte, surtout si elle permet le développement d'une activité lucrative, qui entre dans le PIB. Le monde des financiers, publics ou privés, obéit à ses propres lois, il les change quand ça lui fait plaisir, et il les impose à la société toute entière. C'est une nouvelle bastille à prendre, un nouveau 14 juillet, une nouvelle nuit du 4 aout, pour mettre en place une finance durable, soucieuse de la vie réelle et du long terme.

Edito du 11 décembre 2019

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