Le vertueux payeur

Le débat sur le prix de l'électricité verte, relancé notamment par plusieurs associations, donne un sentiment de malaise. Le discours officiel repris maintes fois, et notamment dans la charte constitutionnelle de l'environnement, proclame le principe pollueur-payeur. C'est bien normal, celui qui pollue est amené à réparer les dégâts qu'il occasionne, et il paie pour cela. Vous en déduiriez logiquement que les choix favorables à l'environnement sont privilégiés, et qu'ils coutent moins cher à l'usager ou au consommateur que les choix défavorables, ceux qui détruisent la biodiversité, rejettent des gaz à effet de serre, détruisent les paysages et provoquent l'épandages de produits toxiques. Et bien c'est le contraire qui se passe.

L'électricité verte, qui ne pollue pas beaucoup (zéro pollution serait trop beau) et n'émet pas d'oxyde de carbone, est plus chère pour le consommateur que celle issue du nucléaire ou des énergies fossiles. Une voiture moins polluante coûte plus cher que son homologue moins performante. Une alimentation bio pèse plus lourd dans le budget des ménages qu'une nourriture "ordinaire". Construire un logement "à énergie positive" représente un surcoût, le billet de transport "compensé carbone" comporte un supplément, etc. La vertu, au lieu d'être récompensée, est taxée.Le signal prix fonctoinne à l'envers.

Cette observation pose deux problèmes. D'une part, nous sommes dans l'univers du vertueux-payeur, et d'autre part, cette constatation laisse penser que l'environnement coûte cher, que c'est pour les riches, et qu'on s'en occupera quand la crise sera terminée, etc. Nous voilà mal partis pour donner envie du développement durable, lequel serait en définitive réservé aux plus fortunés ou aux militants. Il y a évidemment quelque chose qui cloche. Le malentendu pourrait venir de l'écart entre le coût réel, tout compris, et le prix payé par l'utilisateur. Le coût réel, intégrant les dommages sur l'environnement, les dégradations des "biens communs", les prélèvements "gratuits" de ressources naturelles, d'éventuels drames sociaux, du mal vivre, autant de rubriques qui ne figurent guère sur la facture. Les estimations de ces coûts que l'on dit "externes" sont impressionnantes. Même si on peut les discuter, les ordres de grandeur sont là : 100 milliards par an pour la pollution de l'air, près de 60 pour le bruit, par exemple. Dans un autre registre, en élargissant le propos au champ du développement durable, France Stratégie évalue le coût des discrimination à plusieurs points de PIB, et l'OCDE rappelle, en vain apparemment, que les inégalités sont un frein pour la croissance. Rien n'y fait, les comportements néfastes pour la vie sociale, l'environnement et la croissance économique restent dominants.

Le souci de l'environnement, qui semble grandir dans nos sociétés, doit se traduire par une inversion du phénomène vertueux-payeur, pour revenir au principe pollueur-payeur. De nouveaux outils économiques, comme des droits d'émission, des certificats d'économies, des contributions obligatoires, déjà mis en oeuvre pour les consommations d'énergie et les déchets électriques et électroniques par exemple, ou encore des sanctions vraiment dissuasives apportent une partie des solutions. Ajoutons-en une à mes yeux très importante, qui a le défaut d'aller à l'encontre des idées reçues : Le vertueux n'est pas fatalement plus cher que les pratiques courantes, lesquelles ne doivent leur avantage que dans l'existence d'un paysage économique et institutionnel issu du passé. Une forme de rente, accompagnée d'une force de pression pour que rien ne change... Et tant que le vertueux accepte de payer, pourquoi le pollueur ferait-il un effort ?

 

Edito du 28 août 2019

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