La peur ou l'envie


Les réactions à la présence de Greta Thunberg à l'Assemblée Nationale, le 23 juillet, sont contrastées. Bienveillance et sympathie pour les uns, rejet catégorique pour d'autres. Le problème posé par l'audience de cette jeune suédoise réside dans la stratégie qu'elle incarne : la peur. La peur comme argument de vente du changement. On peut être d'accord avec cette approche, mais elle n'est pas le seule possible, et elle s'impose de fait sans débat au sein du mouvement écologiste. Vous l'aurez compris, la stratégie de la peur n'est pas celle choisie dans ce "dictionnaire du développement durable", qui a pris le parti de susciter l'envie du changement, plutôt que son acceptation résignée, par peur des conséquences d'un statu quo. Le développement durable parce que c'est bien, parce qu'il ouvre de nouvelles perspectives à l'humanité, parce qu'il allie qualité de vie quotidienne et préservation de la planète. On peut même produire plus tout en enrichissant notre bonne vieille Terre. La recherche d'un autre mode de vie, à la fois attractif pour les humains et favorable à leur milieu de vie, c'est ce que l'on appelle le développement durable, vivre bien sans compromettre les chances de nos héritiers d'en faire autant, à leur manière. Nous le savons, pour vivre mieux demain, pour poursuivre une forme de croissance, celle du bien-être, il faut accepter de vivre différemment, de changer de modèles de développement, de produire et de consommer autrement. faut-il le faire sous la menace de la catastrophe, ou bien pouvons-nous y parvenir tout simplement parce que c'est l'avenir de l'humanité, une étape dans l'aventure humaine qui a encore beaucoup à nous offrir ? Le malheur est que les deux stratégies ne vont guère ensemble. On ne peut pas agiter le spectre de la catastrophe et proposer un avenir radieux, ça ne fonctionne pas. La peur provoque des réactions de repli, de fuite, d'enfermement sur son pré carré (le protectionnisme en est une manifestation parmi d'autres) peu propices à la créativité, technologique ou sociale, à la promotion de solutions innovantes, à la prise de risque incontournable pour explorer des futurs inédits, qu'il nous faut construire. La stratégie de la peur tue la stratégie de l'envie, et le débat pour savoir quelle serait la meilleure n'a même pas eu lieu.  Les ressorts de la peur sont bien plus faciles à réveiller que ceux de l'aventure, de la construction collective d'un futur original, avec les risques qu'elle comporte, et les lois de la communication sont dures. La peur a toutes les chances de l'emporter, ce qui réjouira tous ceux qui veulent que rien ne change. Pauvre Greta, quand elle s'apercevra qu'elle a joué contre son camp.

Edito du 24 juillet 2019

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