Enfumage

Le mot est à la mode. Enfumage, il ne s'agit pas d'apiculture, comme on trouve dans le dictionnaire, mais de politique. Ce ne sont pas les abeilles qui sont enfumées, mais les citoyens. Ou du moins, qui se sentent enfumés. Ce qu'ils appellent enfumage est peut-être parfois du discours creux, comme les politiciens savent le faire quand ils n'ont rien à dire, mais c'est aussi toute approche complexe, nécessitant un raisonnement pour être comprise. Inutile de dire que le développement durable, qui propose d'aller au-delà des évidences qui n'en sont pas, est fortement suspect d'enfumage. Depuis toujours, les tenants d'une approche unique ou prioritaire, protection de la nature ou emploi par exemple, ont tendance à considérer que l'on noie le poisson dès que l'on met leur préoccupation favorite en face d'autres préoccupations, même en tentant de les prendre en charge ensemble. Les visions linéaires se méfient des approches "système". Le long terme est aussi suspect. Le bon sens populaire le dit bien : " Un Tien vaut mieux que deux Tu l'auras". Reculer pour mieux sauter pourrait dire le contraire, mais il faut pour cela que le saut soit clair et qu'il n'y ait pas de risque de dispersion de l'effort. Le linéaire, une seule dimension, est tellement plus facile à comprendre que le multiple, avec la diversité des aspects à prendre en compte, chacun avec une légitimité. Il faut admettre d'autres points de vue que le sien, et accepter des compromis. Les solutions "gagnant gagnant", vivement recherchée au pays du développement durable, sont évidemment douteuses, il faut s'en méfier. Tout ce qui sort des entiers battus, toute innovation qui casse les vieilles habitudes et met en cause les modes de penser, relève vite de l'enfumage, car le cerveau a une forte proprension à ne prendre en compte que ce qu'il connait déjà et dont il est familier. Les raisonnements du type "en même temps" peuvent séduire un instant, mais ils sont vite rejetés à la moindre dificulté. Il faut choisir, qui n'est pas avec moi est contre moi, etc. Le binaire ultra simplificateur est là, tellement plus confortable, pour vous offrir des positions tranchées et des certitudes. Même dans un monde qui bouge vite, cette perspective est séduisante, alors que chacun sait que des évènements extérieurs peuvent tout bouleverser. Approches systémiques et de long terme sont donc facilement taxées d'enfumage dès que les difficultés du présent deviennent trop fortes. Comment rendre la complexité accessible ? C'est avant tout une affaire d'état d'esprit. Tout le monde est capable de raisonnement complexe, à condition d'accepter que le monde est complexe, qu'il n'y a pas forcément les bons et les méchants, et que l'avenir n'est pas écrit. Une affaire d'état d'esprit, qui va bien avec le développement durable.  

Edito du 15 mai 2019 

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