Décrire le "terrain de vie"

Que va-t-on faire de tout ça ? L'accent est souvent mis sur la difficulté de dépouiller utilement les cahier de doléances et les innombrables apports attendus du Grand débat. Qu'il me soit permis de faire une suggestion sur ce point. Distinguer d'un côté ce qui relève du constat, du ressenti, de la description des "terrains de vie" selon l'expression de Bruno Latour, avec les attentes qui en résultent, et de l'autre les propositions d'actions. Il s'agit simplement de clarifier les enjeux, d'expliciter les besoins et les objectifs que l'on se donne collectivement pour y répondre, avant de mettre en regard des solutions. En un mot, formuler les questions avant d'apporter des réponses. A défaut, le risque est grand d'adopter des réponses bancales à des questions mal posées, ou encore à des questions qui ne se posent pas réellement. Les envies de "passer à l'acte" seraient trop fortes pour veiller à la pertinence des actes en question, évaluer leur impact réel sur la société. Des réponses toutes faites, souvent marquées par l'idéologie ou une forme de mode, répandues grâce aux réseaux sociaux et à la puissance de la répétition. Pour ne prendre que deux "réponses" à la mode, retenons le réferendum d'initiative populaire (ou citoyenne), et la diminution du nombre de parlementaires, laquelle n'apporte rien du point de vue des économies budgétaires, et éloigne l'élu du "peuple" qu'il est sensé représenter. Voilà deux réponses apportées avant que la question ne soit posée sur le fonctionnement de la démocratie représentative. Qu'attend-on des parlementaires, comment assurer une participation en continu des citoyens à la vie publique, etc. Aller droit à la solution ne favorise pas la réflexion qui s'impose avant de lancer de grandes réformes, susceptibles de modifier le fonctionnement de la société et de son mode de gouvernement. Le développement durable exige un efort d'imagination, pour sortir de solutions toutes faites et explorer de nouvelles voies. S'orienter en politique, pour reprendre le sous-titre de l'ouvrage de Bruno Latour présenté dans ce blog, nécessite de décrire le point de départ, son "terrain de vie". Il serait vraiment dommage que cette étape incontournable soit occultée au profit de chimères ou d'utopies d'origines incontrolées, trop vite adoptées, dans un contexte de ressentiment et d'amertume, même justifiés. Ce serait une occasion manquée, et qui ne se reproduira pas de si tôt.

Edito du 23 janvier 2019

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