Construction : le hard et le soft

C'est la semaine du grand salon du bâtiment, BATIMAT. On y parle beaucoup de technique et d'environnement, de nouvelles règlementations, toujours plus ambitieuses et intégrant le carbone. Il faut construire "bas carbone". Le label expérimental proposé pour anticiper la nouvelle règle, qui doit voir le jour en 2020, s'appelle E+C-, énergie positive et bas carbone. Très bien, mais on y cherche en vain la finalité de la construction, offrir à des êtres humains un cadre de vie agréable, où chacun aura plaisir à habiter, à travailler, ou à faire du sport par exemple. Il est bien de s'intéresser au "comment", mais il ne faut pas oublier le "pourquoi", la raison d'être d'un bâtiment. La contrainte, à savoir être économe en ressources, semble prendre la place de l'objectif recherché, le bien-être. Un retournement qui peut faire des dégats, s'il entraîne une baisse d'exigence sur le confort, la vie sociale, la qualité de vie en général.

Deux fois plus de bien-être en consommant deux fois moins de ressources, en référence au "Facteur 4" du Club de Rome. L'oubli du premier volet, tentation fréquente chez les ingénieurs passionnés de technique, peut conduire à des abérrations, et à l'échec de ladite technique. Les habitants auront vite fait de détourner les logements mis à leur disposition : On a souvent vu des espoirs d'économies d'énergie voler en éclat du fait de multiples chauffages électriques rapportés par des occupants qui avaient froid, pour ne prendre qu'un exemple banal. Beaux projets sur le papier, mais catastrophes dans la vie réelle. Habiter un logement, c'est comme respirer, ça se fait tout seul, sans réfléchir. Il existe des cultures d'habiter, variées et évolutives, et il serait bien hasardeux de rechercher des progrès uniquement du côté de la technique. Un bâtiment n'est jamais bon en soi, cela dépend du mode de vie de ses occupants. Il faut une harmonie entre le hard et le soft. Le fort besoin de rénovation de notre parc immobilier, à la fois pour le confort et la santé de ses habitants, et pour l'effet de serre, prendra des dizaines d'années, pendant lesquelles les émissions de carbone iront bon train, sans pour autant que les habitants soient à l'aise. Pourquoi ne pas profiter de ce délai pour promouvoir une nouvelle culture d'habiter, qui produirait ses premiers résultats bien avant que des travaux lourds ne puissent être réalisés ? Un travail de fond sur les habitudes et les modes de vie, qui permettra de tirer par la suite le maximum de bénéfices des avancées dans les techniques de construction. Améliorons ces dernières, bien sûr, et BATIMAT nous montre les progrès accomplis, mais n'oublions pas les êtres humains et leurs aspirations, les deux doivent aller de pair.

 

Edito du 6 novembre 2019

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